Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. – Doroghyné Fehér Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 2. szám. (MNG Budapest, 1974)

symbole. Ce sont la Nature morte et la Cuisine de prolétaires de Lajos Lengyel (Fig. 69-70). Celui-ci, artiste d'origine ouvrière 111 appartenait avec certains jeunes écrivains con­temporains (István Vas, Zoltán Zelk) au cercle du Travail/­Sur sa composition Nature morte nous reconnaissons la main du peintre Ernő Schubert qui habitait avec lui à l'époque où il a exécuté son tableau (1930-31 ). o;i Les deux prises de vue complètent la technique de ses autres photos de tendance sociale avec le rendu parfait des propriétés de matières diverses (raphia, cellophane, écailles de poisson, plancher raboté, vaisselle en fonte émaillée, instestins, etc.) Le motif de la main prendra une place importante dans l'art de Lajos Vajda aussi," 4 mais sa valeur symbolique sera de tout autre nature. Cet artiste introspectif dont le talent se déploie assez lentement crée peu d'œuvres au début des années 1930 ; il emmagasine ses expériences et essaie de s'orienter dans les diverses tendances.' 15 Entre 1930 et 1933, à Paris, il ne fait presque que des photo­montages et les critiques de son art ne manquent jamais de souligner l'intérêt qu'il porte an film soviétique d'une part et aux oeuvres de Max Ernst d'autre part. Nous devons y ajouter que les œuvres publiées dans Foto-Auge l'influencent aussi comme le montrent ses compositions trahissant la connaissance du motif représenté par Lissitzky avec un art irrésistible et l'intérêt qu'il porte au film à l'exemple de ses modèles. Rappelons ici qu'après 1929 Lissitzky aussi s'était tourné vers l'art cinématographique 67 . 11 n'est pas difficile de reconnaître sur le montage de Vajda, Tigre et lys 6S le motif connu de la main entrant dans le champ de la composition et appliquée sur le visage (Fig. 71). Cependant, chez Vajda, les objets perdent leur sens symbolique directement saisissable et son photomontage dénote plutôt une influence de la création de symboles subjectifs caractéristique de l'art surréaliste. Sur une de ses œuvres maîtresses, sur l'Autoportrait à main levée, dans le style des icônes, peint en 1936, fiü la main détachée, en apparence, du corps mais pénétrant dans le champ du tableau, joue un rôle de premier plan (Planche II 1 ). Après son retour de Paris, se rendant la première fois à Szentendre avec Dezső Korniss, Vajda désirait acquérir un équipement complet de photographe pour développer son art du photomontage pratiqué à Paris. Faute d'argent, il a du renoncer à ce rêve. 70 Pourtant, l'impression qu'il avait eue lors de la découverte du photomontage des années 1920 ne s'est pas effacée. Elle restait vivante et l'influence de l'art russe ou, pour mieux dire, de l'art slave continuait de se faire sentir dans ses œuvres exécutées entre 1935 et 1937, dans la période des tableaux dans le style des icônes. Bien que son portrait à main levée, dans le style des icônes, soit un chef-d'œuvre autonome, le souvenir de l'autopor­trait de Lissitzky s'y dissimule pourtant. La main coupée par un côté du tableau, l'expression profonde des yeux brillants la beauté structurale des formes présentées dans un ordre géométrique et le lyrisme pictural qui enveloppe les détails et en fait un tout, évoquent le montage de Lis­sitzky. En somme, nous nous trouvons en présence du même elfort qui s'est manifesté dix ans plus tôt chez l'art iste russe en vue d'une synthèse du constructivisme, du sur­réalisme et du nouvel art objectif. L'impression que les deux œuvres font sur nous, au lieu d'être la même, diffère essentiellement d'une œuvre à l'autre. Le portrait de Lis­sitzky est celui d'un homme qui vit, après la guerre, dans un âge d'or dynamique et dans le pays de la révolution victorieuse où il est maître de sa propre destinée. Vajda, par contre, dans la deuxième moitié des années 1930, attentif aux signes précurseurs de la guerre dans cette Europe centrale où le fascisme gagnait rapidement du ter­rain, homme marchant la tête levée parce que fort d'un humanisme presque mystique et de la foi des prophètes, mais, en fait, solitaire et en détresse, envisageait son époque. 71 Pendant que Trauner, Korniss, Schultert et Lajos Lengyel, inspirés par les œuvres de l'artiste soviétique, ont créé, à la fin des années 1920, le symbole de l'homme tra­vailleur, laborieux et ont pu publier leurs dessins dans la revue Munka grâce à leur activité approuvée par Kassák et produisant des œuvres amères, mais accessibles à tous, 71. Lajos Vajda (1908-1941) : Tigre et lys, 1933 Vajda Lajos (1908—1941) : Tigris és liliom, 1933

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