Pogány Ö. Gábor - Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 1. szám. (MNG Budapest, 1970)
seien«; de l'unité du monde, de l'union des parties, de la plénitude de la vie domine avec une assurance naïve dans toutes leurs créations et se manifeste en dépit de tout obstacle (maladresses, manque d'éducation artistique) même malgré quelques connaissances et une certaine formation artistiques. On reconnaît l'artiste naïf à l'exhibition sans scrupules de son moi, à la recherche d'une solution originale des problèmes et à son effort de parvenir à un plein et naturel accomplissement de son œuvre. 11 lui importe beaucoup de se mettre en vedette, d'occuper le centre de l'attention ; il se considère comme le héros, le principal personnage de son univers qui s'édifie organiquement. Dans cet univers tout objet familier de l'entourage et tout événement qui s'y produit prennent pour lui une signification mythique. Dans ses œuvres, l'unité, l'harmonie et la poésie naissent spontanément, presque inconsciemment ce qui provoque la plus grande admiration des fervents de l'art naïf. Cette admiration prend, par suite de la diffusion de l'art populaire, le caractère de plus en plus marqué d'une nostalgie et les artistes naïfs Unissent par être considérés comme des « êtres tout différents » que l'on ne peut pas comparer aux autres. C'est alors que s'ouvre la troisième période de l'art naïf oîi il commence à s'isoler, à devenir une tendance, à se transformer en école. L'histoire de l'art naïf se détache alors de celle de l'art d'avant-garde. Cette période débute aux années 1930 et, dans certains pays, elle va jusqu'à nos jours. Elle n'a pas la même importance qu'ont eu les époques précédentes. L'art naïf érigé en école n'a pu échapper à un certain maniérisme, à la banalité des formes et des sujets, aux répétitions inévitables et à la monotonie. Les expositions de plus en plus nombreuses, l'intérêt de plus en plus fort de la critique pour cet art, le raidissement des critères contribuent à l'isolation de l'art naïf qui s'en tient à ses propres procédés, à sa propre manière et se garde de renoncer à ses « formes pures » même si le peintre naïf a le don et le désir de s'en débarrasser. Des théoriciens de l'art et des hommes d'affaires poursuivant des objectifs différents travaillent avec le même zèle au renforcement de cette isolation. Certains artistes naïfs cherchent déjà, presque sciemment, à employer un langage fruste, à étaler un contenu fabuleux et à faire démonstration d'une conception du monde naïve et simpliste. A cette étape de son évolution, l'art naïf risque parfois de devenir ennuyeux, monotone, mais pas plus ennuyeux et monotone que les imitateurs secondaires de l'art d'avant-garde. Entre les artistes du XX e siècle on ne peut plus établir de différences aussi marquées du point de vue de leurs connaissances du métier et de leur formation qu'entre ceux du XIX e siècle et des siècles précédents, longue époque de prospérité des écoles et des académies d'art. Four l'appréciation de l'artiste de notre siècle il importe peu comment et où il a acquis ses moyens, a fait son apprentissage ; l'essentiel c'est qu'il soit ingénieux, suggestif et qu'il connaisse les ressources de son art. Et la pratique et l'acceptation de l'art sont devenues affaire privée de l'individu. On connaît peu de lieux où un art collectif soit né et même en ces lieux il devait rencontrer bien des traverses et faire souvent fausse route. Telle fut la destinée d:i l'art naïf aussi manifestation spontanée à ses débuts, il est devenu plus tard une tendance, et s'est érigé en école. De temps en temps, surtout aux années 1930, il subissait, partout en Europe, l'influence de certaines idéologies étrangères à l'art, mais dont toute la société était imprégnée il est devenu le porte-parole de tendances rétrogrades et quelques-uns de ses interprètes voulaient l'opposer de force à l'art d'avant-garde, tendance parallele de ses débuts. Les œuvres d'artistes hongrois en offrent des exemples caractéristiques. Ce phénomène s'est produit dans d'autres pays aussi et l'art naïf d'origine paysanne, étroitement lié au folklore établissait ça et là des contacts avec des courants dont les caractéristiques «ancestrales », « raciales », « nationales » étaient à cette époque, en Europe Centrale et en Europe Orientale, des catégories sur lesquelles on se répandait en explications et qui restaient, malgré tout, des catégories forcées. Les remous causés par la deuxième guerre mondiale avaient interrompu cette troisième période et effacé ses 88. Antal Markovits Horváth : Le roi Mathias Corvin. Vers 1930 Markovits Horváth Antal: Mátyás király. 1930 körül (A kerékhely)