Pogány Ö. Gábor - Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 1. szám. (MNG Budapest, 1970)

113. György Kohán (1910-1966) : Le silence. 1944-1945 Kohán György (1910—1966): Csend. 1944—45 éprouvons en perdant un des nôtres, les affreux tourments qui nous guettent et s'emparent de nous au moment où nous nous trouvons seuls avec le cercueil ; il dit nos adieux convulsifs mais silencieux, enfin il montre les affres de la mère transie du froid du corps refroidi de son fils. Cette expérience personnelle de la mort s'est enrichie au cours des méditations dont la deuxième guerre mondiale a été l'objet. Une frise longue de dix mètres et qui sera exécutée bientôt en mosaïque, le Souvenir de la guerre (Fig. 112.) a également pour thème principal les adieux suprêmes que nous faisons à nos morts. Au centre de la peinture il y a une vision, la vision d'une pauvre paysanne : elle assiste à l'agonie de son fils, sur un champ de bataille lointain dans les montagnes. Parmi des idoles abattues, des cathédrales écroulées, parmi les soldats d'un bataillon hérissé de baïonnettes, la douleur atro ce d'unefemme devant un cercueil est un mémento éternel. Des souvenirs de guerre sont évoqués aussi par un autre tableau qui nous met en présence d'une femme vêtue d'un manteau à col de fourrure, se tenant debout près d'un poêle en fonte sans feu et se tordant les mains : un être dépouillé de tout et portant déjà dans son regard les signes précurseurs de la démence. Depu s cette époque les tableaux de Kohán parlent avec un accent de plus en plus marqué du bouleversement de son âme, mais nous ne lui connaissons pas de peintures ni d'oeuvres graphiques qui mettent en scène des hommes cassés, facilement portés aux épanchements ; tout au plus, nous rencontrons çà et là des hommes qui méditent jusqu'à se tourmenter sur le sens et l'absurdité des choses des visages intrépides ou impassibles, des hommes indécis, émus, vêtus d'habits usés, debout devant un cer­cueil et nous tournant le dos. Une fois, l'artiste exprime son affolement par la figure d'un petit cheval se tenant vaguement sur ses pattes au milieu de cadavres : il vient de perdre soudainement son cavalier et s'en trouve comme anéanti. Comme je demandais à Kohán le titre de cette oeuvre, il a répondu après une minute de réflexion et sur un ton aigu : Silence (Fig. 113.). Dans un autre tableau, la Corneille abattue (Fig. 114.) il paraît absorbé, tenu en haleine par la révélation qu'il a en saisissant l'instant où la vie cesse, en assistant à l'acte irréparable qu'est la mort. Son emportement, l'excitation de ses nerfs le poussent à faire entrer, toujours et immédia­tement, son thème dans sa vision et c'est de la simultanéité de l'expérience intérieure et de l'expérience visuelle qui

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