Pogány Ö. Gábor - Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 1. szám. (MNG Budapest, 1970)
vient la confirmer que naîtra l'œuvre. « Il est vrai que l'inexprimable devenu musique peut devenir peinture aussi. Hier après-midi j'ai l'ait une grande promenade et il était déjà tard quand j'ai pris le chemin du retour et voilà que j'ai vu devant moi sur la neige blanche une corneille abattue portant quelques taches de sang, les ailes déployées. . . L'affolement qui s'est emparé de moi et qui a précipité mon cœur, on ne peut l'exprimer que par la peinture. Le drame, c'est quand un être vivant assiste à la disparition d'un autre. Puis ce coloris uni : blanc-noirrouge. J'ai dessiné la corneille au crayon noir, grandeur nature. Je l'ai accroché au mur, c'est le seul dessin que l'on peut voir dans ma chambre avec les fleurs d'hiver sur la vitre. . . Ces jours-ci j'ai compris ce que Le Tintoret avait dit. . . le blanc et le noir. . . les couleurs les plus importantes. Le noir donne de la profondeur à tout, le blanc donne du relief, fait ressortir tout. . . mais dans le cas de la corneille la situation me semblait être renversée. L'énergie qui déclenche nos émotions résulte de la situation respective des touches que l'on ressent par l'intuition et des touches que l'on ne ressent pas. Ce dont nous avons de l'expérience est un élément positif; ce dont nous n'avons pas d'expérience est un élément négatif. Dans le cas de la corneille c'est le noir qui donnait la touche positive et le blanc donnait la touche négative, donc la thèse du Tintoret y apparaissait pour moi renversée. Après tout, ce qui fait la beauté de la peinture, c'est l'exécution rude, presque brutale à condition qu'elle produise» un effet délicat. . . » Peu à peu, la vie endurcissait Kohán, mais les crises qu'il a traversées le rendait de plus en plus sensible aux tragédies des autres, attisait ses passions ; les massacres de la guerre et les tragédies individuelles qui en ont résulté préoccupaient son esprit pendant vingt ans et ont mûri son art. A partir des armées 1938-39, ses tableaux révèlent son affolement, même les sujets lyriques sont assombris désormais par quelques mauvais pressentiment, par celui d l'homme qui, toujours au poste de combat aux cédés des vaincus, guette la vie, suit avec attention la manifestation des faiblesses humaines, les misères de l'homme et les catastrophes qui bouleversent sa vie. L'esprit de cet artiste plein d'affections devient de plus en plus pénétrant. Le sentiment qui le pousse à saisir le pinceau, c'est la pitié. Mais déjà à cette étape de l'évolution de sa vie affective la miséricorde s'accompagne de rigueur, de sévérité, ce qui montre à quel point il s'est détaché du lyrisme tendre de ses œuvres de jeunesse. A l'accent de la pitié se mêle en effet un accent sombre, sévère : celui du jugement, de la condamnation de l'auteur du mal qu'il ne représente presque jamais directement, mais seulement par des allusions, par l'emploi de symboles, par le mordant de la situation psychologique. 114. György Kohán (1910-1966) : Corneille abattue. 1963 Kulián Cyör-v (llUO 10»i»i): leinti varjú. ^ltt