Pogány Ö. Gábor - Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 1. szám. (MNG Budapest, 1970)

112. György Kohán (1910-1966) : Souvenir de la guerre (Fragment). 1941-42 Kohán György (1910—1966): Háború emléke, (részlet). 1941—42 impénétrable. Cet être qui n'a pas de sexe a l'autorité d'une personne qui commande. Son regard fixant le loin­tain embrasse des étendues immenses dans l'espace et dans le temps. La sévérité de ses traits et de ses yeux, la ride creusée comme par un éclair au-dessus de l'attache du nez nous suggèrent le service de la terre productive qui est à l'origine de sa puissance et en est la raison d'être. Cette femme nous apparaît comme un symbole. En la regardant, l'idée ne nous vient pas de voir en elle un être humain sujet à la mort. Pourtant, que deviendra ce visage qui ignore l'angoisse, ce visage de paysanne quand la mort viendra le dérider ? (Fig. 110.) Il restera beau môme torturé parce qu'il con­tinuera de vivre, mort seulement en apparence. Ses pau­pières, coquilles de noix, sa bouche éloquente, ses traits creusés par les soucis et les peines soudainement effacés par la mort, s'approfondiront davantage sous l'action d'une volonté suprême défiant la destruction. Nous nous demandons : Quel est cet artiste qui, sans se ménager, sans défaillir, suit à la trace la mort brutale ? « Chaque fois que je perds un de mes parents paysans, j'ai le sentiment de perdre, un à un, mes membres »—a-t-il dit. György Kohán est mort aujourd'hui, le 16 décembre 1966. Il est mort à Gyula, dans la petite maison de sa mère. Il était revenu dans cette maison après avoir bravé toute sa vie une maladie mortelle, il était retourné dans ce jardin où se dresse un puits à bascule dont la potence efflanquée et gigantesque est gardienne de vieilles traditions comme il l'était de son vivant. Dès maintenant, en parlant de lui, il faudrait employer le passé parce qu'il ne marche plus, à pas de géant, la nuit et au petit jour, le long des rues d'un petit village ou sur les avenues et les boulevards de Budapest : il suit déjà son Eurydice chimérique dans le sombre empire de Hadès (tableau V.). Mais, des expressions comme il a été, il n'est plus, ne lui conviennent pas : les Orphées sont hors du temps. Le sphynx est lui aussi hors du temps : son regard, comme l'œuvre de Kohán, domine un vaste empire. La vitalité magnétique du peintre continue de mûrir ses œuvres pour l'immortalité comme la vie l'a mûri lui pour la mort. . . « Chez nous on a l'habitude de dire « il mûrit déjà » en parlant de quelqu'un qui porte les marques d'une mort prochaine. Moi aussi j'en suis là, je mûris » a-t-il dit sur un ton sec qui n'arrivait pas à dissimuler son émotion. Plus tard, en parlant de ses tableaux à cercueil, il a désigné Pleurer un mort (Fig. 111.) comme la synthèse de ces thèmes. Pour les paysans la mort est chose naturelle, prévue et attendue : il faut donc affronter la fin bravement et le sentiment de la dignité humaine oblige la famille endeuillée à maîtriser sa douleur, à avoir de la contenance devant le monde. Dans le tableau Pleurer un mort Kohán ne se contient pas, il exprime la peine atroce que nous

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