Weiner Mihályné szerk.: Az Iparművészeti Múzeum Évkönyvei 12. (Budapest, 1970)
HOPP FERENC MÚZEUM — MUSÉE FERENC HOPP - Alber, Zofia: Les grands symboles de la nature dans la décoration des inrôs japonais
La licorne, qui était en Chine un augure faste pour les rois, passait aussi pour l'incarnation de la douceur et de la subtilité. Mais elle faisait en plus partie de la symbolique de la nature, incarnait l'élément négatif yin, surtout quand elle était dans la société du Dragon ou de l'Oiseau Rouge, qui symbolisait l'élément yang. Mais le monstre représenté sur le revers de l'inrô n'est ni le Dragon ni l'Oiseau Rouge. Il ressemble davantage au shachihoko, un poisson légendaire dont les sculptures ornaient les toits des châteaux japonaises. Selon certains savants japonais le prototype de shachihoko était wani, un animal aquatic identifié avec le requin ou l'alligator. Comme on le suppose, dans la Chine ancienne le culte de l'alligator se transforma en culte du Dragon. L'hypothèse donc, que dans le décor de l'inrô en question, le shachihoko remplace le dragon et ses pouvoirs magiques, me parait plausible et raisonnable et permet de ranger ce sujet décoratif parmi les grands symboles de la nature. Le quatrième animal sacré du groupe Ssou Shên, la Tortue noire, avec toute la richesse de ses fonctions symboliques, se trouve dans le décor d'un inrô du XIX e siècle (fig. 4). Dans un paysage montagneux, avec au centre une chute d'eau, qui tombe d'un nuage doré, une tortue est placée sur un rocher escarpé. La composition du paysage est proche des conventions acceptées dans l'art de l'Extrême-Orient. Les lois de ce genre de peinture et la symbolique des éléments respectifs du paysage sont d'ailleurs bien connus grâce à plusieurs dissertations. On sait que dans le paysage, conçu selon la philosophie tch'an comme symbole cosmique, l'eau représentait toujours l'élément yang. L'énergie créatrice, l'élan vital du yang y était souligné par une cascade, qui tombe d'une grande hauteur. Le rôle symbolique de la tortue est ici juxtaposé à celui de l'eau. La tortue, symbole de l'immortalité et de la longévité, incarnait en outre l'élément yin, l'essence même de la passivité, de l'obscurité, du froid. Dans le décor de l'inrô la tortue et la chute d'eau s'accordent dans une harmonie suprême, symbole de l'Univers. Les mêmes conceptions métaphysiques étaient représentées souvent en guise de symboles du monde végétal. Le décor d'un inrô de la fin du XVIII e siècle, exécuté par le makieshi Osai d'après un dessin de HokkyÔ Kôrin, peut servir d'exemple (fig. 5). Sur un fond de laque mokume se trouve le tronc d'un vieux prunier en hiramakie d'or, incrusté de quelques fragments de nacre, scintillant de tons violets et verts. Le rythme du dessin, la silhouette plate du prunier, enfin toute la composition est d'une simplicité exquise où, malgré l'économie des moyens, l'artiste a réussi à exprimer les reflets de l'infini. Le vieux prunier en fleurs devint notamment, dans la peinture Song, symbole de l'Univers. Sous l'influence de la mystique tch'an les peintres visaient à rendre l'âme des fleurs et leur message spirituel, plutôt que leur beauté superficielle. Le moine Tchong Jen dans son traité sur la philosophie du prunier (Houa kouang mei p'ou, XI e s.) va jusqu'à voir dans le tronc du prunier l'élément yin, tandis que les fleurs délicates et pures incarnaient l'élément yang. Le principe même de la composition du décor de cet inrô où le motif s'étend de l'un des angles et divise la surface en diagonale, séparant les champs décorés des champs vides, exprime aussi l'idée des deux composants de la nature qui, inégaux et incomplets en eux-mêmes, s'accordent en une harmonie parfaite. Ayant passé en revue quelques sujets du décor liés au symbolisme de la nature posons encore une question — quelle était la fonction symbolique de