É. Apor (ed.): Jubilee Volume of the Oriental Collection, 1951–1976. Papers Presented on the Occasion of the 25th Anniversary of the Oriental Collection of the Library of the Hungarian Academy of Sciences.
L. LIGETI: La Bibliotheque de l'Académie et les études orientales
10 L'appartenance de la langue comane. Un débat non moins passionné, bien que dans un cercle plus restreint, s'est élevé aussi autour de ce problème, tout comme au sujet de l'origine de la langue hongroise. Originairement, les Comans parlaient une langue turque spécifique qui appartenait au groupe kiptchak des langues turques. Nos Comans ont perdu leur langue originale (tout comme nos Iazyges — qui ont parlé une langue iranienne — la leur)et ont adopté la langue hongroise. Nous ne connaissons pas la date exacte de ce changement, mais il semble en tous cas que ce processus s'est terminé, pour l'essentiel, à la fin du XVI e siècle. L'adoptation de la langue hongroise par les Comans était tellement générale et complète qu'à partir du XVIII e siècle, tout le monde était persuadé, y compris Pray qui était d'ailleurs si bien informé, que les Comans étaient, primitivement aussi, de langue hongroise. István Gyárfás, membre correspondant de l'Académie et historiographe zélé des Comano-iazyges a persisté dans cette erreur jusqu'à sa mort. [5] Ces débats ne laissaient pas d'être très fructueux malgré leurs erreurs: il apparut qu'une approche efficace de ces problèmes n'est possible que si on les envisage dans une large perspective. L'examen des rapports avec les peuples turcs a donné naissance à la turcologie indépendante de l'étude de ses rapports avec la Hongrie, et — pour son interprétation plus juste — aux études altaïques. L'étude des ressorts plus éloignés des mouvements ethniques de l'Europe orientale dirigea l'attention sur la Haute Asie. De là, il ne fallait faire qu'un seul pas pour reconnaître que pour faire des recherches fructueuses sur l'histoire des peuples de la Haute Asie , il est indispensable de faire entrer en lignes les sources chinoises, — ce que Pray savait déjà, bien que de seconde main. Telle est l'origine de la sinologie hongroise qui, grâce à sa manière originale et autonome de poser des problèmes, a pu bientôt s'élever au niveau de la sinologie internationale. Enfin, à l'occasion du centenaire de la mort de Csoma de Kőrös, la langue tibétanie se fit également entendre à l'université de Budapest. Les grandes expéditions menées dans la Haute Asie, particulièrement dans l'Asie Centrale au commencement de notre siècle ont mis a jour des manuscrits tibétains qui contenaient d'importantes informations nouvelles sur l'histoire de la Haute Asie. En même temps, la connaissance, de première main, de l'immense littérature bouddhique du Tibet s'avérait indispensable pour la compréhension du bouddhisme ouigour et mongol. Enfin, mais non pas en dernier lieu, ce domaine des études tibétaines devint une des bases importantes des recherches modernes sur l'histoire des religions. Certaines branches des recherches orientales sont, — chez nous aussi comme à l'étranger — d'origine théologique. Nous pensons, d'abord, à certaines langues bibliques (l'hébreu, l'araméen, le syrien, etc. ). C'est de là que partirent János Uri qui, au XVIII e siècle, a catalogué les manuscrits de la Bibliothèque Bodléienne d'Oxford; Mihály Kmoskó qui a publié un gros volume sur la Patrologie Syrienne avant de mettre à profit ses connaissances d'excellent arabisant dans ses recherches sur les sources de la protohistoire des Hongrois; József Aistleitner, chercheur de renom international du matériel sémitique d'Ugarit; Ignác Goldziher, l'arabisant, investigateur de l'Islam, réputé à son époque.