Sáfrán, Györgyi: Lettres de Romain Rolland a Marianne Czeke dans la Bibliotheque de l'Académie des Sciences de Hongrie (A MTAK kiadványai 48. Budapest, 1966)
93 et il a attendu de venir me voir, á Vézelay, pour me les apporter. Les éditeurs ne sont jamais pressés! Excusez-moi donc du retard que j'ai mis — bien sans le vouloir ni le savoir — á vous remercier. Je me réjouis de la parution du premier tome de votre grandé oeuvre, et de l'accueil qu'elle regoit déja en Francé. Je n'ai pu encore que feuilleter le volume, et je me heurte á la langue hongroise. Je me rends compte que c'est un ouvrage considérable, et que par vous Thérése entre véritablement dans l'histoire. Elle sort de l'humble rőle anecdotique et romanesque qui lui avait été attribué, et elle prend enfin la place de premier rang qui lui est dű. — Ma curiosité s'irrite de lire, au long des pages, si souvent son nom mélé á celui de Beethoven, — et de rencontrer aussi fréquemment mon nom, — sans pouvoir bien comprendre ce que vous en dites. J'attends impatiemment les traductions qui en seront faites, en allemand ou en frangais. Je suis fixé maintenant, avec ma femme, á Vézelay, — la vieille ville médiévale, sur son rocher. Nous y avons acheté une petite propriété charmante, avec une vue immense et harmonieuse. — Mais je suis encore lié par un bail de location avec la villa Olga de Villeneuve, jusqu'au milieu de 1940; et nous comptons y revenir passer l'hiver. — Ma soeur, qui garde aussi jusqu'en 1940 sa villa Lionette, est venue nous voir, lé mois dernier, et reviendra en septembre. Ainsi, les mois d'absence sont coupés par des semaines de vie ensemble, — en attendant que nous nous retrouvions, en novembre á Villeneuve. — Je tache de la décider á venir se fixer aussi auprés de nous. Vézelay est á la lisiére de notre Nivernais, á vingt minutes en autó de notre ville natale, Clamecy. Tout le pays, riant et varié, est impregné pour nous de souvenirs. Veuillez erőire, chére Marianne de Czeke, á ma cordiale sympathie, et recevez mes chaudes félicitations pour la victoire remportée par votre grand labeur, tenace et passionné. Votre dévoué Romáin Rolland P. S. — J'ai vu que vous référiez aux premiéres éditions de ma petite Vie de Beethoven, ou j'accordais trop de crédit au román de Mariam Tenger. — Depuis longtemps, j'ai corrigé cette erreur, dans les remerciements ultérieurs de ce petit volume, auquel je n'ai d'ailleurs jamais attaché une valeur historique. C'était á ses débuts, en 1903, une pure effusion lyrique de reconnaissance et d'amour au grand musicien qui m'avait soutenu et réchauffé, dans les années d'épreuves. Le monde a fait á ces pages une réputation imméritée. — J'ai taché depuis, d'écrire une histoire plus vrdie et plus profonde de l'oeuvre et de la Vie de Beethoven. Les éditions du Sablier viennent, cette année, d'en publier deux nouveaux volumes: Le Chant de la Résurrection (l'étude de années 1817 á 1823).