Sáfrán, Györgyi: Lettres de Romain Rolland a Marianne Czeke dans la Bibliotheque de l'Académie des Sciences de Hongrie (A MTAK kiadványai 48. Budapest, 1966)

21 2. Lundi soir, le 6 juillet. Tu soujfres toi, mon étre adoré! — J'apprends d'aujourd'hui seulement que mes lettres doivent étre mises á la poste dés le matin, le lundi et le yeudi, les deux seuls jours oü ily ait un service de poste pour K. — Tu souffres! Ah! partout oú je suis ton souvenir m'accompagne. Quelle exis­tenceü! Vivre sans toi!!!! Je pleure lorsque je pense que tu ne recevras sans doute cette lettre que dimanche soir. Ah! si ardemment que tu m'aimes, je t'aime encore davantage ... O mon Dieu! si prés de toi et pour­tant si loin. 3. Salut matinal, le 7 juillet. En ouvrant mes yeux, ma pensée s'est envolée vers toi, ő mon amour immortel! Tantőt plein d'espérance, tantőt sombre et triste, j'interroge le destin et je lui demande ce qu'il nous réserve. Vivre sans toi n'est pas vivre; aussi ai-je résolu de m'en aller par le monde jusqu' á ce que je puisse voler dans tes bras et m'asseoir á ton foyer. Alors, mon áme en­veloppée dans ton amour pourra s'élever dans les régions célestes. Oui, je dois partir, il le faut, hélas, il le faut! Tu te résigneras, car tu connais la fidélité de mon coeur. Une autre ne le possédera jamais! jamaisü jamaisü! O mon Dieu, pourquoi me condamner á quitter tout ce que j'aime? Et pourtant la vie á Vienne serait encore pleine de tristesse et d'angoisses. Ton amour m'a fait a la fois le plus heureux et le plus infortuné des hom­rues! A mon áge, j'aurais besoin d'une existence calme et paisible. Puis-je y prétendre encore, maintenant que je t'aime comme je t'aime? Cher ange, il faut que je ferme ma lettre, si je veux qu'elle te par­vienne, car on m'apprend á l'instant que la poste part maintenant tous les jours. Sois calme, c'est en jugeant froidement notre situation que nous pourrons arriver á notre but, celui d'étre un jour unis tous les deux. Sois calme et aime-moi. Aujourd'hui, comme, hier, mon áme s'est élancée vers toi et j'ai pleuré! A toi! toi! ma vie! mon tout! adieu! O mon trésor! aime­moi toujours et ne méconnais jamais le coeur fidéle de ton bien-aimé éternellement á toi! éternellement á moi! éternellement l'un á l'autre! L>, 32 Victo'r Wilder, Beethoven, Paris, 1927. pp. 175—178.

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