Fitz Jenő (szerk.): Forschungen der Steinskulptur der Arpadenzeit in Ungarn - István Király Múzeum közelményei. A. sorozat 24. A Pannon konferenciák aktái 3. (Székesfehérvár, 1979)
P. Skubiszewski: Quelques observations sur le portail roman de Tum (Leczyca)
et montrent qu’il s’opérait une transformation constante des types iconographiques dans le décor monumental de l’Italie du Nord. H. Swarzenski a attiré l’attention sur une certaine „humanisation” de l’image de la Mère de Dieu qui a eu lieu au cours de ce processus (H. Swarzenski 1959, 73 — 74). Un exemple de peinture murale, le décor de l’abside de la chapelle de Castell Appiano (vers 1200) (Demus 1970, 310), montre qu’un type répandu et bien établi pouvait parfois devenir une mutation iconographique particulière grâce à un léger changement dans l’agencement des personnes (Pl. X. 3). Ce cas nous intéresse plus particulièrement car la fresque de Castell Appiano est iconographiquement assez proche du tympan de Tum. Dans cette variante de la Hodegetria, Marie soutient l’Enfant des deux mains (Kondakov 1914/15,11.254). Mais à Castell Appiano l’allongement du petit Jésus, représenté juste audessus des genoux de sa Mère et sa position presque centrale par rapport à la Vierge, font de cette Hodegetria une image qui ressemble plutôt à une Madone avec l’Enfant sur les deux genoux(u). Il faut enfin noter que le thème de la Vierge allaitante, une image, donc, particulièrement proche des Madones avec l’Enfant sur les deux genoux, a trouvé le chemin du décor monumental roman de l’Italie. Un exemple de cette représentation, un exemple qui frappe par sa similitude avec les plus anciennes Vierges coptes, se trouve sur le tympan du portail central de la cathédrale S. Rufino d’Assise (Pl. X. 4) (vers 1200) (Zocca 1936, 170). On peut donc constater que l’élaboration des thèmes de l’iconographie mariale de même que leur adaptation aux lois du décor monumental se sont signalées dans l’art de l’Italie septentrionale et, en particulier, dans la région du Pô moyen, par une richesse extraordinaire de solutions. Par conséquent, il est parfaitement naturel de voir les sources de l’iconographie rare du tympan de Tum dans la même région qui était à l’origine de son style. Dans notre Vierge l’idée de la maternité s’exprime par une forme monumentale qui fait penser à un emprunt direct à quelque modèle antique du type de l’urne de Chianciano ; un tel emprunt serait peu probable en dehors de l’Italie(12). Cependant, un apport de l’art du Nord de l’Europe n’est pas totalement à exclure. On peut prendre en considération une influence, bien que moins décisive, de quelque prototype comme les Madones d’Essen et de Walcourt qui étaient des statues largement connues, vénérées dans les centres importants de pèlerinage (Marienbild 1968, no. 1 ; Wesenberg 1972,18; Collon —Gevaert — Lejeune —Stiennon 1963, 138). Un tel apport apparaît probable si l’on tient compte de l’influence prononcée de la zone germanique dans l’ornementation du portail. III. Des quatre voussures du portail de Tum (PI. II. 2), celle qui constitue l’arc extérieur de l’archivolte n’a qu’une moulure assez simple à deux scoties. La deuxième voussure est ornée d’animaux enlacés dans une rangée de cercles; l’origine italienne de ce décor ne peut pas être mise en doute (Walicki 1938, 48)(13). Les deux voussures suivantes sont différentes. Leur décor reste étranger à la tradition de la taille de la pierre dans la sculpture architecturale de l’époque romane. Les motifs de l’ornamentation semblent être „appliqués” et non „taillés”. Un graphisme prononcé l’emporte sur la forme sculpturale. Ce qui est plus important encore, c’est que les ornements qui recouvrent ces deux voussures n’ont pas d’analogies dans la sculpture des églises romanes. (Il) On observe la même tendance à modifier le type de la Hodegetria dans la Vierge du Musée Victoria and Albert de Londres (Pope — Hennessy 1964, no. 27, pl. 38). (13) M. Walicki a rapproché cette voussure de la frise aux animaux qui décore la porte de la crypte à Mayence. Cependant la voussure de Tum nous parait être beaucoup plus proche du décor lombard où les animaux sont enfermés dans des médaillons réguliers formés par les tiges; comp. Milan, S. Ambrogio, portail central; Pavie, S. Michele, portails latéraux; Pavie, S. Stefano, portail; Vérone, cathédrale, frises extérieures. La voussure intérieure est décorée de quatrefeuilles à pétales asymétriques, joints par un bouton (PI. II. 2). Ce motif d’ornementation apparaît souvent dans les arts mineurs en différentes parties de l’Empire. En Allemagne du Sud on le trouve sur un crucifix de bronze à Zwiefalten (Münsterschatz) (Himmelheber 1961, 207, fig. 8; Staufee 1977, no. 676) et dans le Bréviaire de Michelbeuren (Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Cím. 8271) (Swarzenski 1913, fig. 290). On le connaît aussi en Alsace (Codex Guta-Sintram ; Strasbourg, Bibliothèque du Grand Séminaire, Ms. 78) (Staufer 1977, no. 721). Mais c’est en Lotharingie et en Basse-Saxe qu’il est le plus largement répandu. Sa formule particulièrement proche de la voussure de Tum, car elle comprend aussi un losange sous les pétales, se trouve sur une croix mosane émaillée, aujourd’hui partagée entre le British Museum de Londres et le Kunstgewerbemuseum de Berlin-Köpenick (Fig. 1) {ibid., no. 551). Parmi les oeuvres saxonnes qu’il orne, citons surtout un Evangéliaire de l’école de Helmarshausen ( Fig. 2) qui se trouve en Pologne probablement depuis (12) Un tel emprunt en Italie au XIR s. nous paraît fort probable. Notons, cependant, les réserves formulées à ce sujet par R. H. L. H a m a n n - M a c Lean (1949/50, 195; voir aussi Bloch 1969, 68). 42