Janus Pannonius Múzeum Évkönyve (1964) (Pécs, 1965)
Művészettörténet - Hárs, É.: Les monstres du fascisme
LES MONSTRES DU FASCISME 331 tes, achevées du genre. 1 Leur tracé est tout à fait particulier. L'artiste avait besoin d'une forme appropriée à la représentation d'événements dramatiques. Il choisit un procédé graphique qui lui permit d'exprimer ses passions sans aucune contrainte esthétique. Il ne cherchait pas la beauté du rhytme de la ligne, ce qui lui importait c'était le „témoignage" dans sa réalité nue. Le monstre velu du fascisme sur les dessins de Martyn est réalisé en traits courts et emportés rappelant la virgule employée dans l'écriture courante. Ces petites lignes courbes traduisent par elles-mêmes le fond de la pensée artistique. Elles rendent la surface inquiète, agitée, rehaussent la courbure repoussante des griffes, des têtes munies de becs, et de trompes, elles accentuent le caractère réel du monstre velu. On peut se poser la question au cours de l'analyse des tableaux s'il est permis d'employer à propos de ces dessins le terme „réel". — Sans doute, les éléments de la réalité se mélangent ici avec des formes conçues uniquement par l'imagination, la représentation grotesque, l'entrelacement des corps humains et des corps d'animaux renvoit à des sphères plus éloignées que la réalité apparente de notre milieu quotidien. Cependant ces figures monstrueuses qui hantent l'art ont fait valoir depuis le 16 e siècle les droits de cette réalité plus vaste. Leur existence nous semble justifiée surtout lorsqu'elles apparaissent au service d'un but concret — comme sur les dessins de Martyn. Dans les „Monstres du fascisme" ce sont l'irrationnel et l'inhumain insultant tous les sentiments humains qui on revêtu une forme qui se communique à nous avec la force de la réalité. Nous venons de mentionner le Guernica de Picasso. Il n'y a bien entendu aucun rapport direct entre la suite de dessins de Martyn et l'oeuvre de Picasso ne serait-ce que les deux soulèvent les mêmes problêmes en ce qui concerne la création de symboles et l'interprétation transposée de la réalité. Le taureau de Guernica et de la Minotauromachie datant 1 II n'est pas sans intérêt de noter que fa. technique qui au cours des 500 ans écoulés s'est le mieux prêtée à exprimer le grotesque était préciséiment celle de Bféit graphique. On n'a qu'à penser à l'ornementation décorative d'Agostino Veneziano et des 16—17e siècles, aux dessins et gravures d'Hyéronima Bosch, de Callot, dé Goya et à nombreux autres exemples de l'histoire d'art jusqu'à nos jours. Le crayon et la plume sont des moyens techniques permettant à l'artiste de saisir sur le vif îles phénomènes qui l'intéressent. La ligne traduit l'échauffement affectif, l'extase créatrice d'une manière plus sensible que le mouvement du pinceau, la composition savante des couleurs pïlus longs et plus compliqués. Cf. W. Kayser: Das Groteske, chap. V., p. 7. d'une époque antérieure incarne les passions féroces, bestiales, les forces obscures. Il est bien davantage que le symbole concret de la guerre et du bombardement. Les monstres de Martyn dénoncent également la présence de la cruauté inhumaine, de la méchanceté monstrueuse dans le monde, mais les croix gammées et les croix fléchées réduisent la validité du signe partout concrètement au fascisme. Cette intention consciente, ce caractère tendencieux est un trait fréquent de l'art de Martyn. L'école de Paris lui a enseigné non seulement la construction logique du tableau, mais encore la mise en oeuvre de la conscience, l'expression suggestive. Ce qu'il peint ou dessine est moins intuitif que rationnel. Ce ne sont pas les éléments spéculatifs ou émotionnels conditionnant le choix du sujet qui déterminent la forme définitive du tableau, mais la construction consciente. L'intention arrêtée de protester contre le despotisme tyrannique entre dans une mesure importante dans le fond et dans la forme des dessins de monstres. Il y a; lieu de parler à propos de la série de cette singulière dualité, une façon particulière de construire le tableau qui caractérisent l'art de F. Martyn jusqu'à nos jours. Dans sa peinture nous voyons alterner des compositions abstraites et descriptives, et pour ce qui est de la conception artistique, l'auteur lui-même ne fait jamais de différence entre elles. Sur les feuilles de la série „Les monstres du fascisme" cette dualité se manifeste à l'intérieur d'un et même dessin. Tandis que les monstres sont représentés de façon abstraite, leurs victimes ont la forme d'êtres humains réels. Rappelons par exemple le dessin sur lequel seuls émergent da la masse informe du monstre ses griffes et sa gueule ouverte, tandis que les pieds et les bras de l'homme qu'il vient de déchiqueter témoignent d'une observation minutieuse de la réalité (pi. IV a.). Les insectes voltigeant autour du monstre reçoivent une signification symbolique. Leur présence suggère au spectateur l'idée du caractère éphémère du fascime. En opposition avec ses signes et formes tracés de manière réaliste, la nudité abstraite de la masse des monstres rehausse le carctère dramatique de a représentation. Sur une des plus belles feuilles de la série l'artiste a exprimé la foi de l'homme en la vérité, l'idée de la bonté triomphant du mal. Un homme ligoté, marqué d'une étoile se trouve entouré de têtes de monstres qui l'étreignent telles les bras d'un polype. D'immenses gueules, d'hideux becs s'ouvrent autour de lui les antennes crispées saisissent la malheureuse victime de chaque côté. L'homme torturé et