Janus Pannonius Múzeum Évkönyve (1964) (Pécs, 1965)

Művészettörténet - Hárs, É.: Les monstres du fascisme

332 ÉVA HÁRS impuissant aux traits déformés par la souf­france lève pourtant la tête comme celui espè­re qui attend de l'aide, et il se détourne des monstres qu'une main puissante s'étendant au­dessus de la victime — le symbole de la jus­tice humaine —est déjà en train de retenir (pi. VI.). La plume sensible de l'artiste a résumé ici le dernier espoir, la foi et le désir de vivre de centaines de milliers d'hommes, tout en té­moignant en même temps de sa propre con­viction. Une des feuilles de la série dresse un monument aux victimes assassinées de la guerre, ce monstre horrible. Martyrs et exé­cutés sont symbolisés par une roue et une meule mises l'une à côté de l'autre, écrasées par de grosses pierres disposées horizontale­ment sur elles. Le tout évoque les menhirs an­cestraux de la Bretagne. La meule et la roue sont des moyens de torture inexorables, ce qui se trouve sous les roues qui tournent, sous la masse des pierres est réduit en poussière. Le tout est surmonté d'une croix gammées sus­pendue sur un fil de toile d'araignée (pl. L). La série de dessins de Ferenc Martyn est une oeuvre plus ou moins isolée dans l'art de notre pays. Ses racines sont à chercher dans la tradition de la peinture et de í'art graphi­que européen. En ce qui concerne leur fond symbolique et leur forme grotesque, ils sont incontestablement le plus apparentés aux monstres et figures diaboliques infernales de l'art gothique. Seul peut-être l'homme médié­val connaissait cette horreur de l'enfer que la société d'aujourd'hui éprouve à l'égard des horreurs du fascisme. Parmi les représenta­tions critiques de la guerre des époques pas^ sées ce sont les séries d'eaux-fortes de Goya, datant des années 1796 et 1818, les monstres à figure d'animaux des „Caprichos" et des „Disparates" qui expriment les mêmes pen­sées que les dessins de Martyn. Le mal, la bes­tialité revêt chez tous deux une forme animale grotesque. Les eaux-fortes de Goya ont été faites dans les sombres années de la réaction. Le despotisme et la cruauté de la puissance oppressive s'y incarnent sous forme de vam­pirs à ailes de chauvessouris, d'aigles et de loups gigantesques, de monstres à corps hu­main et à tête d'animal. Sur ces feuilles évo­luent à la fois plusieurs figures, des foules humaines luttent contre les animaux grotes­ques. Les dimensions de la 2 e Guerre mondia­le, les aspirations du nazisme à conquérir le monde demandaient à être présentés par des méthodes plus abstraites. Les monstres de Martyn ne revêtent pas de forme concrète, ils ont une anatomie particulière qui change de feuille en feuille, conformément à l'idée que l'artiste entend exprimer. 2 A côté des monstres, l'humain est indiqué par des signes, tels la croix gammée toujours présente, les dé­corations, le bras ou le pied saillante. Com­plétant en quelque sorte la laideur hideuse du monstre, ces signes servent à faire naître en nous des associations sociales directes. Mar­tyn — du fait de la conception artistique de notre époque d'un autre esprit que celui des temps révolus — n'avait pas besoin comme Goya de rendre ses dessins plus intelligibles au moyen de la représentation de groupes hu­mains ou par des renvois textuels. Les mons­tres dans leur nudité parlent pour eux-mêmes. Dans l'oeuvre de Martyn ce ne sont pas seu­lement ces 9 feuilles qui évoquent les sou­venirs horribiles ou douloureux de la guerre. A l'époque des dessins et dans le même esprit il a aussi exécuté un certain nombre de toiles à l'huile. Tout comme dans la série de mons­tres, la réalité y apparaît sous forme abstraite. Mais au lieu de monstres symboliques on y voit des compositions abstraites, et c'est au spectateur de déceler dans les taches sombres des ombres de cimetière ou des soldats mar­chants. Encore qu'elles véhiculent un conte­nu tendencieux qui s'adresse à l'entendement, ces toiles sont dominées par des éléments af­fectifs. Les formes vigoureuses sont tracées par un pinceau d'un ton sombre. Si les motifs dessinés se situent sur le plan de la surface, les toiles n'en ont pas moins de la profondeur. Le fond nuancé des couleurs estompées en­dessous du dessin sombre donne au spectateur l'impression de voir derrière les figures sur­gissant au premier plan une espace profonde s'étendre jusqu'à l'infini. Les formes dessinées se superposent généralement de façon à gar­der chacune leur valeur propre, mais il arrive que deux formes ensemble reçoivent un sens nouveau. Les couleurs sombres de ces lignes qui s'entrelacent et s'enchevêtrent, leur rhyt­me inquiet conduisent le spectateur à travers leur effet sentimental finalement jusqu'à l'association intellectuelle : le dessin tortueux, noueux, filandreux évoque l'image d'un ré­seau de barbelés, les ailes de chauve-souris tendues sont celles de l'oiseau de la mort au griffes crochues. Le tableau conçu de la façon la plus concrète du groupe est „Le mort entre 2 L'homme ligoté, marqué d'une étoile fait excep­tion. Cependant le procédé graphique crée une unité parfaite entre la figure et les autres détails de la feuille. Sa présence ne détourne pasi l'attention du spectateur de ce qui T'entoure. Il n'a pas de vête­ments sur lesquels les yeux pourraient éventuelle­ment s'égarer, l'étoile brûle son corps nu.

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