Leo Santifaller: Ergänzungsband 2/2. Festschrift zur Feier des 200 jährigen Bestandes des HHStA 2 Bände (1951)

VII. Allgemeine und österreichische Geschichte. - 74. Jean-Charles Biaudet (Lausanne): Le Canton de Vaud et les Bourbons en 1815. La mission de Jean-Samuel de Loys á Paris

446 Biaudet, Mais, ainsi que je vous Fai mandé dans mes précédentes lettres, le Conseil d’Etat a vu avec peine que vous vous trouviez de nouveau entrainé á donner une note par écrit sur un objet infiniment délicat, qui, dans l’exécution, pourrait entrainer de graves inconvénients, en établissant des relations qui seraient toujours inegales et qui, dans certains cas, seraient de nature ä causer de grands embarras. Je vous prie done, Monsieur et eher Collégue, de la part du Conseil, non seulement de ne pás présenter á l’avenir de notes, á moins de nécessité absolue, comme je vous Fai marqué, mais encore d’éviter autant que possible les occasions qui pourraient en provoquer la demande. II désire que vous vous bomiez ä des conversations générales qui tendent á faire sentir que le gouvernement du Canton de Vaud ne se permettra, et ne permettra trés certainement rien, sur son territoire, qui puisse étre désavantageux á la France en quoi que ce sóit. Vous sentirez par Iá qu’il importé de ne point entrer dans des détails intérieurs, dönt l’étranger n’a nul droit de se méler, et qui, par ses intéréts propres, n’est pás appelé ä s’en méler. Autrement, nous nous trouverions peu á peu dans une telle dépendance que l’honneur et la liberté du canton pourraient, dans la suite, s’en trouver compromis. Je confie, mon eher Collégue, ces reflexions ä votre patriotisme et á votre zéle éclairé. Elles sont dictées par le sentiment qui nous anime tous, célúi du plus grand bien de notre canton, dans les circonstances difficiles oü il se trouve sous le rapport des préventions injustes que Fon cherche á nourrir contre lui. En essayant de détruire ces préventions, il faut aussi conserver notre pleine et entiére indépendance » 1). Loys re9oit les deux premieres lettres de Pidou, celles des II et 13 janvier 1816, au moment ou il vient d’etre présenté ä la cour. Cette présentation a eu lieu aux Tuileries, le 16, devant tout le corps diplomatique, en mérne temps que celles du duc de Wellington et d’un comte danois. Loys, un peu trop sűr de lui, erőit voir dans les quelques mots qui lui sont adressés par Louis XVIII et par le comte d’Artois, le signe que les explications et les assurances qu’il a pris tant de sóin ä donner au dúc de Richelieu et á Decazes, ont déjá porté leurs fruits. Le Roi regut dans la salle du tróné et le cercle se forma de maniére ä ce que personne ne dépassait l’autre. J’avais á ma droite le dúc de Wellington; son habit ne pourrait contenir aucun ordre nouveau; il portait sur tous le grand cordon du Saint-Esprit. Le Roi lui parla un bon moment; quelques mots á d’autres. Lorsque M. de La Live me caractérisa « conseiller d’Etat du Canton de Vaud », il me demanda depuis quel temps j’étais ici; phrase accoutumée. Je lui exprimai les sentiments du Conseil pour son auguste personne. Il me répondit: «Je suis trés satisfait des sentiments que vient de montrer votre canton ». Il ne pouvait me le dire qu’avec affabilité, car il en a beaucoup et une grande expression de bonté parfaite. A ce mot de vient, je crus déjá que M. de Richelieu lui avait éclairci la conduite du canton; je crus me le confirmer chez Monsieur, auquel j’avais bien la certitude qu’on avait parié de nous en amis. Le cercle se forma de mérne chez Monsieur le comte d’Artois, qui le parcourut avec une grace toute aimable. Il me dit qu’il connaissait mon nom et que j’étais sans doute parent de M. de Loys, aux Gardes 2). Je lui rappelai que c’était de ses bontés qu’il tenait sa compagnie étant aussi jeune, que j’avais eu l’honneur de lui étre présenté par le duc de Polignac étant au régiment du Roi á Laon, etc. En me quittant, il me dit, avec un sourire trés gracieux: « J’espére que nous ferons d’ores en Iá de bonnes affaires avec le Canton de Vaud .» Dans cette expression affaires, je vois le souvenir confus de ce qui lui a été dit sur les affaires joumaliéres qui nous portent journaliérement sur nos frontiéres respectives; cette idée s’est jointe avec l’intention bienveillante qu’il voulait témoigner au canton. *) *) Pidou á Loys, Lausanne 18 janvier 1816. A. C. V., Archives Loys, L 1624. A. C. E., Registre des délibérations secrétes, VIII, p. 302—304. Cette lettre fut éerite, et envoyée, avant que le Conseil d’Etat eűt pris connaissance de la lettre mérne de Loys á Decazes, qui ne parvint á Lausanne que le 22 janvier. Pidou manda alors á Loys: « Le Conseil d’Etat n’a rien vu dans cette note qui le rassure contre les incon­vénients qu’il craignait de la remise de notes et que je vous ai indiqués dans ma lettre du 18. » A. C. V., Archives Loys, L 1625, et A. C. E., Registre des délibérations secrétes, VIII, p. 306. Et c’est le lendemain 23 janvier seulement que le Conseil d’Etat regut enfin la copie du mémoire adressé le 30 décembre au dúc de Richelieu. A la suite de quoi, Pidou fit savoir á Loys que le Conseil d’Etat estimáit qu’il n’y avait «pás lieu á présenter d’ultérieurs notes ou éerits sur des objets de la nature de ceux en question ». A. C. V., Archives Loys, L 1626, et A. C. E., Registre des délibérations secrétes, VIII, p. 311. 2) Etienne-Charles de Loys d’Orzens (1749—1802).

Next

/
Thumbnails
Contents