Az Eszterházy Károly Tanárképző Főiskola Tudományos Közleményei. 2003. Sectio Romanica. (Acta Academiae Paedagogicae Agriensis : Nova series ; Tom. 30)
S CHNELLER DÓRA: La figure d'Antonin Artaud Á partir du spectacle Histoire vécue d'Artaud-Mómo de Philippe Clévenot
La figure d'Antonin Artaud ä partir du spectacle Histoire. 75 c'est-a-dire celui qui peut apporter des faits. » 9 Philippe Cévenot interpréte Artaud avec une étonnante sobriété de jeu. II n'imite ni la voix, ni la gestuelle d'Artaud. II se retient d'imiter « le jeu » d'Artaud. II évoque le déroulement de la soiree ä travers un certain nombre de moments, de gestes. La scene est presque vide, il y a seulement une table et une chaise. Philippe Clévenot porte un costume noir, une chemise blanche et une cravate. II s'avance vers la table, il y dépose les feuilles par paquet et s'adresse au public : « Je ne vais pas faire une conférence élégante et je ne vais pas faire une conférence. Je ne sais pas parier, quand je parle je bégaye parce qu'on me mange mes mots. » 1 0 Le spectacle commence par l'annonce d'Artaud du plan et de la visée de la séance. La tentative du poéte est celle d'un homme qui veut énoncer les faits de sa vie en les rapportant ä une vision globale des choses. « Voilä, j'ai voulu voir quelques personnes parce que j'ai quelque chose á dire, et je veux qu'on l'entende et qu'on m'entende. » n — continue Clévenot. II s'assied devant la table. Pendant le spectacle il se léve peu. II raconte d'abord les coups de couteau de jeunesse, le voyage en Irlande. II décrit les asiles, il parle des vies antérieures d'Artaud. II regarde ses feuilles, prend un crayon ä la main avec lequel il fait semblant de corriger les textes. II lance parfois des regards de cöté, vers l'entrée du public comme s'il craignait quelque chose ou comme s'il attendait quelqu'un. Par moments il se léve, puis se rassoit de nouveau. II se mouche avec des gestes maladroits, puis remet le mouchoir froissé sur les feuilles dactylographiées. II perd ses papiers, se met ä genoux pour les ramasser. II parle doucement, il s'arréte et commence ä raconter un autre récit. Quand il aborde le théme de la société, le monologue se transforme subitement en attaque et sa voix devient métallique. Le monologue et l'attaque se poursuivent comme les mouvements piano et forte d'un concerto. Sur la scéne, une petite table et une chaise en bois, peintes en gris, constituent le décor. Une lumiere forte éclaire la table sur laquelle se trouvent des feuilles dactylographiées, un mouchoir et un crayon. La simplicité de l'espace scénique évoque le décor d'une conférence. L'attention est portée sur l'acteur qui donne voix ä la parole d'Artaud. Cette parole remplit et fait vibrer la salle. Elle nous entraine dans im autre monde. II n'existe pas de trace visuelle de la séance mais d'aprés les témoignages nous savons qu'Artaud est arrivé sur la scéne avec des cahiers et les feuilles dactylographiées de ses poémes. Victor Vasarely a assisté ä la séance et s'en 0 Interview avec Philippe Clévenot par Bruno Tackels publié dans la revue Sequence (Revue du Théátre National de Strasbourg) N £l, 1994, p. 30. 1 0 Antonin Artaud, Histoire vécue d'Artaud-Mőmo, in O, C., XXVI, p. 61. 1 1 Ibid. p. 61.