Az Eszterházy Károly Tanárképző Főiskola Tudományos Közleményei. 2003. Sectio Romanica. (Acta Academiae Paedagogicae Agriensis : Nova series ; Tom. 30)

VARGA RÓBERT: Métissage et « maghrébinité ». Quelques problémes des écritures francophones d'aujourd'hui

64 Varga Róbert devrait révéler (ou, au contraire, cacher !) les points faibles ou le protocole de lecture fait défaut et croise l'interprétation. Les rapports entre langue d'expression et canon ne seront pas non plus trop différents. On est encore loin de supposer que la réalité actuelle permette de penser la littérature de Fimmigration maghrébine dans un cadre national frangais, puisque celle-ci ne fonctionne que difficilement par rapport aux canons nationaux des pays du Maghreb. 1 6 II est alors au moins risqué de dire que le canon frangais inclut les textes littéraires uniquement en fonction de la langue d'expression ; la maniére dont les auteurs sont saisis dans leur appartenance marginale, correspond plutöt ä un modele mineur-majeur de la position socioculturelle et décrit un espace officieux qui tend en mérne temps vers le canon et vers une poétique de l'expérience de l'anamnése culturelle. Le « cas » Smail : un pastiche maghrébin ? Un événement httéraire récent, le cas Paul Smail— Jack-Alain Légér 17 (auteur de Vivre me tue, Casa La Casa, Ali le Magnifique, oeuvres parues entre 1997 et 2001) a certainement démontré que les catégories de la critique balancent au cours de la lecture des textes relevant d'une appartenance culturelle multiple. Au-delä de celle de l'autorité, devenue elle-méme victime de la provocation « métisse », une autre question cardinale se pose, cette fois-ci ä propos des pastiches littéraires. Au début de Vivre me tue, pastiche d'une autobiographie beur, l'auteur puise largement dans les sources littéraires européennes (Stendhal, Corneille, Rimbaud, Dostoievski, Melville etc.) ; ainsi que dans le roman des faubourgs ou dans l'écriture en argot de Céline (extráit 1). Par ces références et la « francaouité » de l'auteur, le texte pourrait appartenir ä la littérature frangaise, mais plusieurs facteurs contredisent une telle classification. Premiérement, la communauté présentée par un narrateur dit « autochtone » comprend des Frangais qui le sont uniquement par leur carte d'identité (extráit 2). Reste alors la possibilité assez douteuse de l'inclusion ä une « culture » beur, évidemment si celle-ci existe comme définissable. Le narrateur de Ali le Magnifique se désolidarise visiblement de cette conception ; il se moque des cas exemplaires de l'assimilation des « beurs de service » qui posent devant les cameras du JT ou de PPDA. 1 0 Voir p. ex. le cas de Tahar Ben Jelloun. 17 Le leurre de .Jack-Alain Légér (qui a écrit sous le Pseudonyme beur Paul Smaíl), n'a été révélé qu'aprés la parution des trois romans, au début de 2002.

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