Szilágyi András (szerk.): Ars Decorativa 18. (Budapest, 1999)
Ágnes PRÉKOPA: Amitié d'artistes et relations de style. Remarques sur l'activité de József Rippl-Rónai dans le domaine des arts décoratifs
admirer leurs créations au caractère marqué et spectaculaire: la critique artistique de l'époque s'exprimait également en superlatifs à leur sujet. Leur œuvre et leur appréciation témoignent des tâtonnements théoriques des arts décoratifs, et des incertitudes qui marquaient encore ce genre au tournant du siècle. Il est d'autant plus intéressant de noter, du point de vue de Rippl-Rónai, qu'il choisit une autre voie malgré l'enthousiasme qu'il éprouvait pour leur travail. Il se trouva la voie de ceux qui forment les objets avec curiosité et imagination, et n'essayent pas de dissimuler les formes exigées par la fonction par une décoration appliquée. A part Carries et Carabin, les noms figurant dans la liste citée plus haut sont à une exception près - sont ceux des peintres, dont l'activité décoratrice n'était que secondaire. Cette exception est le comte Robert de Montesquiou qui personnifiait en quelque sorte la décadence de la fin du siècle (raison pour laquelle il devint le modèle du Des Esseintes de Huysmans), mais dont l'une des activités probablement les moins excentriques était de dessiner ses propres meubles. Si l'on en croit ses écrits, Rippl-Rónai n'était pas vraiment disposé à reconnaître les arts décoratifs provenant d'autres sources que celle de la France: "// n'existe pas d'objet d'art (art appliqué) autre que celui créé à Paris, au Champ de Mars, ce qui se fait chez nous ailleurs n'est que tomperie." 18 C'est une déclaration pleine d'effet couvrant - en plus de l'évidente partialité un certain manque d'information, puisque, comme l'indique la citation précédente (appuyée sur des faits biographiques), Rippl-Rónai n'était lié d'amitié à aucun artiste décorateur (en Hongrie ou à l'étranger), mais seulement à des artistes peintres s'occupant même des arts décoratifs. De surcroît, en Hongrie comme ailleurs, la majorité de la première génération d'artistes décorateurs provient des ceux qui approchaient ce genre non pas en partant de l'art, mais en partant de l'artisanat. Or, Rippl-Rónai ne considérait pas les artisans comme des égaux. Ainsi, il n'avait pas la chance de pouvoir se confronter aux arguments expliquant l'essentiel de la matérialité et de la fonctionnalité - dont le manque était le point faible de ses objets -, et ainsi, il se condamna soi-même à l'isolation dans son activité d'artiste décorateur. L'AVIS DE RIPPL-RÓNAI SUR CERTAINS CONTEMPORAINS A vis négatifs Les rapports artistiques de Rippl-Rónai dans le domaine des arts décoratifs se réduisent donc surtout à l'œuvre des peintres aux activités polyvalentes qui, comme lui-même, ouvrirent de nouvelles voies dans le genre des arts appliqués par des créations originales justement parce que leur approche différait de celle d'artistes décorateurs proprement dits. A côté de certains artistes contemporains auxquels Rippl-Rónai rend honneur, il en existe d'autres dont l'œuvre - même si elle se rattache aux beaux-arts - est évoquée par lui sans la moindre sympathie. Henry van de Velde peut être considéré comme un personnage exceptionnel dans l'histoire de l'art, car, malgré le fait qu'au début de sa carrière artistique il s'occupa de la peinture, il put pourtant abandonner la vision du peintre pour devenir l'un des architectes et artistes décorateurs les plus célèbres de son époque. Van de Velde eut beaucoup de succès par ses décorations d'intérieurs, tandis que le seul travail de ce genre de Rippl-Rónai - la salle à manger Andrássy - demeura généralement incompris/ 9 On peut supposer que les meubles de Van de Velde ne correspondèrent pas tout à fait au goût personnel de Rippl-Rónai, mais comme ceci n'aurait pas pu être une question discutable, Rippl-Rónai les critiqua - de façon claire-