Szilágyi András (szerk.): Ars Decorativa 15. (Budapest, 1995)

VADÁSZI Erzsébet: „Magyar Versália" - Jelzett sarokszekrények Eszterházán

Maison de danse chinoise, le bâtiment nommé Bagatell, et aussi les orangers et les parterres autour du château où chaque mois fleurissent différents types de plantes. Rotenstein ne manque pas d'observer les cuisines, les pièces où l'on lavait la vaisselle, les cabinets à gâteaux, les dépenses, les pièces oű l'on conservait la viande, les confiseries et les dépenses de fruits qui étaient meublés par de simples tables et armoires en pin, des étagères en fer pour le four, des plats d'érable, des cor­beilles, des balances, des casseroles de cuivre, des chaudrons, des broches en fer et d'autres ustensiles en cuivre ou en fer. Il y avait même des presses-citron en bois, des plats en métal pour transporter le repas, des fers à gaufres, des râpes à betteraves, des moules à pâtisserie en bois, des carafes en cuivre, des chaudières, des plats et des tasses en laque, des frigorifiques en cuivre, des récipients à glaces, des verres à li­monade. L'auteur de cette relation de voyage devait connaître le château dans tous les coins et re­coins et avait un intérêt particulier pour les meubles, les porcelaines et les objets rares qui s'y trouvaient. De même que son compagnon, l'écrivain garde Bessenyei, il jouissait des fes­tivités et prenait du plaisir à les décrire. Dans cette étude, nous nous bornos à exa­miner de plus près un seul type de meuble du somptueux mobilier du château, à savoir l'en­coignure dont Rotenstein aussi fait mention plus d'une fois. Au moment même de l'apogée du rococo, Esterházy, ayant présent à l'esprit le modèle du château de Versailles, avait horreur des angles aigus et tâchait de les «arrondir» tout comme les Français. Dans son château construit en for­me de cour d'honneur, les portes de l'apparte­ment du prince, ainsi que de celui de la princes­se sont rangées sur le même axe. Cette dispo­sition en enfilade permit une vue d'ensemble des pièces, mais diminua en même temps dans chacune d'elles l'espace de mur comprenant les fenêtres. Cela empêchait d'y mettre de grands meubles ce qui aurait été d'ailleurs inhabituel dans le rococo. L'espace de mur resté intégral, sans fenêtre ni porte, pouvait comprendre, tout au plus, deux encoignures, et entre deux fenêt­res une commode à glace-miroir ou un trumeau. On avait plus de liberté à meubler l'espace à l'intérieur même des salles. Chaque pièce avait un mobilier uniforme: les pièces recouvertes de boiserie blanche et or réclamait des meubles en marqueterie blanche et or, les boiseries chi­noises exigeaient des meubles en marqueterie blanche et or, à décor chinois, les boiseries japonaises des marqueteries à décor japonais et les boiseries de l'Inde, des marqueteries à décor indien. Tout avait sa place et cette place ne pouvait être modifiée sans pour autant porter atteinte à l'ensemble. Bien que ces espaces intérieurs ne fussent pas restés intacts - en France d'ailleurs non plus -, nous savons de sources fiables qu'il arrivait de mettre au milieu de la pièce un ensemble de quatre encoignures indépendantes adossées l'une à l'autre par le dos non façonné: les quatre quarts de cercle for­maient ainsi un meuble rond, accessible et ouv­rant de toute part. 22 Grâce à la description de Rotenstein nous connaissons la fonction de l'encoignure: c'est là où l'on rangeait des objets d'arts particu­lièrement précieux, surtout des porcelaines ou des horloges fragiles. La fonction même de l'encoignure explique le fait qu'on commandait ce meuble toujours en pair, des fois avec des commodes avec lesquel­les elles faisaient un ensemble. C'étaient des ébénistes 23 parisiens renommés qui les exécu­tèrent pour le château de Versailles et aussi pour celui d'Esterháza. D'après nos connais­sances actuelles, trois ébénistes français firent pour sur des encoignures pour le château d'Esterháza: Pierre II Migeon (1701-1758), Louis Peridiez (1731-1783) et Léonard Boudin (1735-1804). Les noms de ces trois maîtres célèbres illust­rent, en même temps, l'évolution de la forme de ce type de meuble: l'encoignure de Pierre II Mi­geon 24 a encore deux portes, mais les panneaux en marqueterie sur les portes se détachent déjê nettement (illustration n° 5) à l'encontre de l'encoignure du même maître, aujourd'hui at Kunstindustrimuseet de Coppenhague 25 , où les bouquets de fleurs des panneaux en marqueterie

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