Szilágyi András (szerk.): Ars Decorativa 15. (Budapest, 1995)

VADÁSZI Erzsébet: „Magyar Versália" - Jelzett sarokszekrények Eszterházán

des deux portes sont compris dans un cadre co­hérant en ferrures de bronze doré (illustration n° 6) L'encoignure de Louis Peridiez 26 n'a qu'une porte et un tiroir, elle est une belle oeuvre de la Période de Transition (illustration n° 11). Le meuble de Léonard Boudin 27 n'a plus qu'une porte et bien qu'il garde encore des réminis­cences du rococo, il s'approche du classicisme, du style Louis XVI (illustration n° 8). Tous les trois meubles sont marqués J. M. E. (Jurande des Menuisiers-Ebénistes) sous le dessus de marbre, marque obligatoire de 1743 jusqu'à la Révolution française et on y voit les marques estampillées de 5 à 6 mm des trois maîtres (illustrations n os 7, 10,13). Ces meubles en chêne plaqué de rosier, en marqueterie in­crustée de buis coloré et nuancé par cuisson, d'amarante, de bois de santal et de palissandre, ont des ferrures de bronze doré et un dessus de marbre. La famille Migeon est la plus célèbre dynas­tie d'ébénistes à Paris au XVIII e siècle 28 . Trois membres de la famille s'appellent Pierre. Le plus célèbre des trois est Pierre II Migeon qui fut aussi marchand de meubles. II résidait au Faubourg Saint-Antoine, au début de la rue Charenton. La Bibliothèque Nationale de Paris conserve son Livre Journal (1730-1736) et son Livre des ouvriers (1757-1768) qui révèlent que la famille avait non seulement à faire avec les clients tels que Mme de Pompadour ou la princesse de Parme, mais aussi avec 250 marchands et artisants de different métiers: ébénistes, menuisiers, vernisseurs, sculptures, doreurs, bronzeurs, ciseleurs et marbriers. Pierre II Migeon se distingue de ses confrères par son style «fleuri» et son goût des meubles rigou­reusement construits. A. Boutémy révèle et définit la personnalité de Pierre II Migeon, ébé­niste de qualité, marchand prospère et artiste «abstrait» de la marqueterie au XVIII e siècle 29 . Pierre III Migeon est plutôt marchand de meubles qu'ébéniste bien qu'il garde l'atelier de son père et utilise son estampille. Il vécut entre 1733 et 1775 et exerçait comme maître à partir de 1761. Tout comme les Migeon, Léo­nard Boudin 30 est aussi maître en marqueterie à fleurs et un passionné des panneaux en laque de Chine. Lui aussi commence à travailler comme maître à partir de 1761 dans la rue Traver­sière pour ouvrir par la suite une boutique au centre de la ville. Il est également marchand de meubles, et lui aussi utilise parfois son estampille sur des meubles achetés qui ne fu­rent pas exécutés par lui-même. C'est pour cette raison que, sur la base de critères sty­listiques, la littérature spécialisée a eu trop ten­dance à attribuer l'encoignure d' Esterházy doublement estampillée par Boudin plutôt à l'ébéniste Nicolas Petit (1732-1791, ébéniste à partir de 1761 ?) 31 , à partir du pair du meuble se trouvant dans la collection privée de M. R. Hei­ne 32 (illustration n° 9). Les ferrures de bronze de l'encoignure de Budapest et de celle de Paris sont l'oeuvre, sans aucun doute, d'un seul bron­zeur. Boudin utilise des ferrures de caractère semblable sur une secrétaire d'une autre col­lection privée 33 . Cependant, l'encoignure de la collection française est une oeuvre mûre, de l'époque de Louis XVI, tandis que le meuble de la collection hongroise révèle encore des traits rococo: pieds courbés, profil comme en «arc d'arbalète», lignes galbées mouvementées et sur ses pilastres antérieures une marqueterie en da­mier en perspective, pas de formes rectilignes. Il est intéressant que ce meuble fut deux fois estampillé avec la même marque à gauche et à droite; celle de L. Boudin, ne distingant pas l'ébéniste du marchand de meubles. Il est en ef­fet difficile d'identifier les oeuvres de Boudin parce qu'il était marchand aussi, mais on se de­mande pourquoi aurait-il estampillé deux fois son nom sur le travail d'un autre maître? Louis Peridiez est également membre d'une célèbre dynastie d'ébénistes 34 . Son père Brice ou Ber­nard et son frère Gérard furent des ébénistes très estimés. Gérard Peridiez (1730-1785) tra­vaille comme menuisier à partir de 1761 dans le quartier du Temple et il se joint à Migeon et à Boudin comme artiste en marqueterie fleuri. Vers 1770 son entreprise fait faillite, mais en 1774, après la mort de son beau-père Joubert, il reçoit le titre d'ébéniste du roi. Le frère cadet, Louis Peridiez, qui exécuta l'encoignure du château d'Esterháza, a un ca­ractère remuant. Il commence à travailler avec

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