Századok – 1953

Szemlék - Norden; A.: So werden Kriege gemacht (Ism.: Weiner Magda) 180

210 RÉSUMÉ par le sujet même des prescriptions rigoureuses de l'art religieux, avait à illustrer tin texte où il n'était point question de l'au-delà, mais de la vie terrestre, notamment de la vie d'une coucho dominante de caractère féodal. Ce sujet devait être illustré conformément aux intérêts d'une dynastie féodale. Il n'en reste pas moins que le choix des tableaux témoigne du souci de révéler l'aspect réel d'une époque : les hauts faits, tant de fois glorifiés, des rois semblent s'effacer dans cet amas d'actes de cruautés où l'aveuglement, la cabale et la trahison, mis au service des intérêts personnels des membres de la classe dominante, jouent un rôle essentiel. La différence chronologique qu'il y a entre la rédaction de la chronique de Marc Kálti et les enluminures ne peut être plus d'une dizaine d'années. Néanmoins nous avons affaire à deux conceptions foncièrement différentes de l'histoire. Le miniaturiste travaillait selon la conception sociale et artistique de son époque : l'oeuvre d'art qu'il orée est un reflet de ce milieu historique. Tout autre fut le procédé de Kálti qui travaillait d'après les anciennes gestes et chroniques. En racontant les événements du passé, il reproduisait fidèlement les paroles des historiographes antérieurs de la cour où il y avait souvent des éléments légendaires, des motifs tirés des chants historiques, ou de la tradition orale. On retrouve donc dans son texte la tradition vivante du peuple, y compris certaines légendes payennes. D'autre part, les vieilles sources reflètent toute une série de conceptions historiques. Au XlIIe siècle la lutte des forces sociales avait donné lieu à la composition d'une chronique huno-magyare; au milieu du XIVe siècle Marc Kálti, de même que certains chroniqueurs postérieurs, admit également l'identité des Huns et des Hongrois et fit ressortir l'importance de la légende d'Attila. Lés traditions concernant le grand roi des Huns pénétrèrent aussi dans les enluminures : pour s'en convaincre, on n'a qu'à examiner la miniature représentant la »première conquête de la Pannonié par les Hon­grois« (c'est-à-dire par les Huns) ; à cette occasion l'artiste essayait de signaler les diffé­rences de classe de son époque. En ce qui concerne les motifs tirés des légendes historiques, il convient de préciser que les auteurs de gestes et les chroniqueurs avaient toujours tâché de les adapter au point de vue officiel. Naturellement, ils n'y réussissaient pas sans difficulté; parfois une phrase ou une simple épitliète pouvait engendrer des contradictions plus ou moins fâcheuses. En tout cas, ils ne reculaient point devant la falsification des faits historiques; ce procédé, conforme aux intéÂts de l'Eglise et de la classe dominante, remonte au XIe siècle, c'est-à-dire à l'époque qui vit naître l'historiographie hongroise de la cour. Mais le miniaturiste, à plus d'une occasion, ne suit pas fidèlement le chroniqueur, qui subordonne sa plume au service de l'Eglise: cette divergence se révèle mémé sur le fronti­spice du manuscrit où, au point de vue artistique, on retrouve quelques reflets du forma­lisme naissant du sentiment religieux. Au frontispice, au début du texte Marc Kálti précise la date de la composition de l'ouvrage, mais le nom du roi, sous le règne duquel la chronique fut rédigée, il ne le mentionne même pas ; il se borne à faire ressortir, à l'aide d'une citation biblique, la thèse que les rois de Hongrie régnent »par la grâce de Dieu«. En revanche le miniaturiste plaça à la même page un vigoureux portrait représentant Louis Ier entourés d'aristocrates et de vassaux, comme un souverain indépendant de l'Eglise, Parallèlement à cette mise en relief du pouvoir royal, le miniaturiste ne consacre à Dieu qu'une initiale minuscule du frontispice ; il est encore à remarquer qu'à l'exception de cette image le manuscrit ne contient aucune autre représentation de Dieu ou de Marie. L'enlumineur pouvait bien connaître les manuscrits laïques d'Italie où il avait l'occasion de voir maintes présentations artistiques de la vie sociale ; les scènes de bataille qui figuraient parmi les illustrations des romans chevaleresques, constituaient indubitable­- ment une des sources de son inspiration. Néanmoins, au point de vue do l'évolution hongroise, il convient d'insister sur le fait que jusqu'à l'époque de la Chronique Enluminée non seulement la peinture, mais aussi l'art de la miniature avaient un caractère exclusive­ment religieux : le choix des thèmes était déterminé par les exigences de l'Eglise. Les miniatures de la Chronique Enluminée se détachent de l'art religieux ; au surplus, elles s'opposent à la conception de l'Eglise. Par suite de révolution sociale de la féodalité, même en Hongrie l'art commence donc à refléter les nouvelles conditions de vie, ainsi que les formes bourgeoises de la société.

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