Bereczky Erzsébet (szerk.): Imre Madách: La Tragédie de l'Homme. Adaptation Française de Jean Rousselot. Précédée de Textes sur Diverses céreations de l'Oeuvre (Budapest, 1986)

György Lengyel: Deux crétations de la Tragédie de l'homme

individu et foule. C’est une oeuvre aux multiples visages et j’estime que, pour la représenter, l’expression de la contradiction prime tout le reste. Pour lui imprimer un style, il faut procéder aux changements de style les plus audacieux, mélangeant et alternant ton ironique, ton grotesque, ton passionné et traduisant espoir renaissant, foi renouvelée et réflexion. Au moment d’envisager la création de la Tragédie, j’étais également attiré par deux manières d’expression. La première concevait l’oeuvre comme une suite de visions, traduisant la réalité hongroise des années 1850—1860 et la seconde envisageait la Tragédie sous la forme d’un rite, un mystère moderne, articulé autour de la triade Seigneur-Lucifer-Adam. La première manière devait visuellement traduire la réalité hongroise de l’époque de Madách. C’est sur cette base que devait être construite l’action, faite de choix imaginaires et dialectiques, assortis de toutes les libertés surréalistes du rêve. Cette manière se rattachait, en premier lieu, à la poésie de János Arany et Mihály Vörösmarty et aux grands poèmes dramatiques de la littérature universelle de l’époque comme les drames romantiques polonais et surtout Peer Gynt. Le rappel de Peer Gynt me convenait d’autant mieux que l’oeuvre d’Ibsen avait joué un rôle déterminant dans l’évolution de ma carrière professionnelle et que son rattachement au message de la Tragédie ne faisait qu’approfondir les liens qui unissaient ma pensée et la métaphysique madáchienne. Adam et Peer symbolisaient la personnalité de leurs auteurs respectifs, tenaillés de doutes, interrogeant et s’interrogeant. Peer et Adam, effrayés de l’éventualité de perdre leur individualité, d’un côté, et la fin douteusement harmonieuse de chacun des poèmes, de l’autre, sont d’importants pivots solidaires. C’est surtout depuis l’admirable film de Wajda (Les Noces) que je me sens inspiré par l’interrogation, empreinte de souffrance et éminemment expressive, des drames du romantisme polonais. L’identité des époques et la superposition des plans, temporels me posent toujours le problème d’une expression adéquate de l’époque de Madách. L’autre manière, celle du rite et des jeux de mystère, a déjà une longue tradition dans les représentations successives de la Tragédie. 67 I

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