Tátrai Vilmos szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 88-89.(Budapest, 1998)
NYERGES, ÉVA: Un portrait inédit de Jean Ranc: L'infant Philippe
prince. 19 Une autre pièce exquise de la série des petits infants montre Ferdinand jouant avec son chien dans le jardin d'un palais. 20 Tous les portraits d'infants peints vers 1726 témoignent de la maîtrise de Ranc dans l'idéalisation des personnages. La précision parfaite du dessin, le rendu quasi palpable des matières et l'éclat des couleurs révèlent également des dons remarquables. Par l'évocation des passe-temps favoris des enfants, Ranc réussit cependant à introduire une intimité particulière dans ses œuvres. L'affection que le peintre témoigne à son modèle - et que l'on retrouvera aussi dans les portraits similaires de Goya dans le dernier tiers du siècle - fait du portrait d'infant de Budapest une œuvre unique. L'habillement et le maintien «officielle» s'y allient au sourire pour ainsi dire dissimulé du personnage, ce qui classe la peinture en question parmi les plus beaux portraits d'enfant de Ranc. L'oiseau mis au premier plan fait rayonner une atmosphère d'intimité sur l'ensemble du tableau; on dirait que l'enfant semble sortir du tourbillon d'un bal masqué pour se montrer au spectateur avant de disparaître de nouveau derrière le rideau. Le seul portrait d'infant signé et daté de Ranc est, à notre connaissance, celui de l'infant Ferdinand, prince des Asturies (1725; fig. 31). 21 Ferdinand est vêtu de cuirasse et pose sa main sur son casque; les dimensions du portrait sont analogues à celle de Budapest, comme d'ailleurs celles du portrait de l'infante Marie Anne Victorine, datant également de vers 1725, 22 où la posture du personnage rendu de face rappelle singulièrement celle du jeune Philippe (fig. 32). Ces trois portraits exécutés presque simultanément devaient faire part d'une même série. Or les images composant les séries de ce genre ne restèrent pas longtemps ensemble, puisque la préparation des mariages s'accompagnait normalement d'échanges de portraits; aussi les portraits peints à Madrid parvenaient-ils parfois à des cours princières très éloignées. Il n'est pas exclu que le portrait à œillet de Marie Anne Victorine de Bourbon (lequel, d'après J. J. Luna, resta inachevé) fût peint peu avant ses fiançailles. A l'âge de onze ans, l'infante épousa le roi du Portugal Joseph I er en 1729. Quant au portrait de l'infant Philippe, il convient d'admettre que ni les circonstances ni la date de son arrivée en Hongrie n'ont été élucidées jusqu'à présent. Il fut probablement envoyé en cadeau dans une cour lointaine, à moins d'avoir été dérobé à Madrid à l'époque des guerres napoléoniennes. De toute manière, Ceán Bermúdez parle encore dans son Diccionario de portraits de Ranc qui se trouvent dans les appartements des infants. 23 19 Madrid, Museo del Prado, n° d'inv. 2.334, 142 x 115 cm. Publié en couleur dans Carlos III en Italia, op.cit. (n. 11 ), p. 56. 20 Publié dans El nino en el Museo Prado, Cat. Madrid 1983, 75. Les articles relatifs à Ranc du catalogue sont de J. J. Luna. 21 Madrid, Museo del Prado, n° d'inv. 2335, 75 x 62 cm. 22 Publié dans Cat. El nino en el Museo del Prado, op.cit. (n. 20) p. 76, 76 sur 62 cm. 23 Sur l'une des radioscopies du portrait on aperçoit le chiffre 3 (ou peut-être 5), mais le reste du numéro d'inventaire antérieur a été repeint par la suite, et n'est pas visible, contrairement aux inscriptions clairement perceptibles des autres tableaux de la Collection royale. La peinture a été rentoilée au siècle dernier. Sa surface est légèrement abîmée près des bords, et présente quelques lacunes; en plus on relève plusieurs repeints à l'endroit de la balustrade.