Tátrai Vilmos szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 87. (Budapest, 1997)
B. SZABÓ, JÁNOS: Une toile oubliée d'Edouard von Engerth Réflexion sur l'iconographie de la bataille de Zenta
ne pouvait le faire lorsqu'on n'en possédait que des clichés pris en fort raccourci (fig. 31) 4 L'œuvre ne montre pas la bataille elle-même avec les Turcs - bien qu'à l'arrièreplan on aperçoive encore les fantassins de l'armée impériale - mais la célébration de la victoire. La figure centrale de la composition - le prince Eugène de Savoie, commandant des troupes impériales - se tient debout en compagnie de son état major au sommet du rempart ennemi occupé. Au-dessus de sa tête, le vent fait flotter un drapeau orné de l'aigle bicéphal. Le chef de guerre victorieux repose son pied gauche sur le butin pris sur l'adversaire, un insigne militaire à la queue de cheval et un bouclier richement orné. De sa main droite, il s'appuie sur son épée et il indique le groupe des Turcs morts ou captifs, de sa gauche, il agite son chapeau à la plume vers ses estafettes traversant à dos de cheval la brèche ouverte dans le rempart. L'un d'entre eux exhibe une lettre portant l'inscription « Ad Regem ». Engerth place le chef victorieux au centre de sa composition et, de ce fait, il s'efforce de saisir un moment d'intensité émotionnelle des personnages, au lieu de relater un narratif des événements. Cette approche diffère fondamentalement des représentations habituelles de la bataille au XVIII e siècle. Les deux plus beaux exemples commandés par Eugène de Savoie en sont dus à Jacques Ignace Parrocel et à Jan van Huchtenburgh. Ni l'un ni l'autre n'accorde dans son œuvre une place centrale au prince. Parrocel montre la bataille à vol d'oiseau, ce qui lui permet de présenter une vue panoramique parfaitement claire, où la figure du commandant en chef se perd cependant entièrement dans la foule de personnages minuscules. Le but principal de Huchtenburgh - ayant personnellement accompagné Eugène de Savoie aux batailles d'après 1708 consistait également à fixer avec fidélité la topographie de la scène observée, qui occupe ainsi le plan médian de son tableau. On y perçoit, certes nettement, la figure du commandant assis sur un cheval blanc qui se cabre, mais celle-ci ne se détache guère du tourbillon de la scène se déroulant à l'avant-plan de la toile. 5 En adoptant à proprement parler l'optique d'un « spécialiste », d'un chef de l'armée, pour éterniser de manière « analytique et topographique » ses victoires, tous les deux tenaient compte des désirs du prince. Il est à savoir que la plupart des commanditaires non militaires avaient eu, à l'époque une prédilection pour la « glorification » de la figure du vainqueur, dans les scènes de batailles qui étaient alors des accessoires indispensables du cadre de vie des souverains. 6 Lors de la décoration de son palais, Eugène de Savoie usa, lui aussi, très consciemment des possibilités offertes par l'art 4 En conséquence de son précédent mode de conservation, la surface du tableau est devenue ondulée, et les bords auparavant fixés au châssis se sont effilochées ou manquent. L'ajout fixé à la bande inférieure se détache nettement du reste de la composition, mais la toile de 510 cm sur 760 n'a, semble-t-il, subi aucune autre altération, d'origine éventuellement guerrière non plus. 5 Rózsa, Gy., Schlachtenbilder aus der Zeit der Beifreiungsfeldzüge, Budapest 1987, pp. 63-64, 104, figs. 128 et 131 ; Pfaffenbicher, M., A barokk csatakép Közép-Európában (La scène de bataille baroque en Europe centrale), in Mojzer, M. (ed.), Zsánerinetamorfózisok (Méthamorphosës de genres), Cat. Székesfehérvár, Budapest 1994, pp, 52-53. 6 Rózsa, op.cit. (n.5) pp. 32-48 ; Pfaffenbicher, loc.cit. (n.5) pp. 48-49.