Tátrai Vilmos szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 86. (Budapest, 1997)
CZÉRE, ANDREA: Deux nouveaux paysages de Pier Francesco Cittadini
était déjà achevée. Ce décor d'église, que la spécificité du sujet traité et la prépondérance du paysage rend unique en son genre, orne les murs de l'église San Martino ai Monti à Rome, et il est en lien avec une importante controverse d'histoire ecclésiastique concernant les origines de l'ordre du Mont-Carmel. On y voit représentés les prophètes Elie et Elise de l'Ancien Testament, en tant qu'initiateurs de l'idée monacale et fondateurs de l'ordre du Mont Carmel, par référence aux livres des Rois et à des sources apocryphes. Le concepteur du programme iconographique fut le théologien carme, Juan Battista Lezana, adjoint au Supérieur de l'ordre, ayant mené un combat ardent pour faire admettre les origines ancestrales de sa communauté. 28 Il s'agit là de la première grande série de fresques consacrée à ces deux prophètes. La fête de saint Elie ne figure au bréviaire de l'ordre que depuis 1585, mais sa légimité se trouve contestée encore longtemps. En 1645, le Général de l'ordre émet une déclaration pour confirmer cette fête, en grande partie à l'instigation directe de l'adjoint au Supérieur, Lezana. Ce dernier publie en 1651 une apologie destinée à démontrer la sainteté d'Elie. 29 Sur les origines de leur ordre, les carmes poursuivent de longs débats avec les représentants d'autres ordres, surtout les jésuites. Ne disposant pas de documents antérieurs à la seconde moitié du XII e siècle, ils ont du mal à faire admettre que leur ordre existait depuis le temps du prophète Elie. 30 Le cycle de fresques entamé par le peintre bolonais Giovanni Francesco Grimaldi et continué par Gaspard Dughet était une formulation dans le langage des beaux-arts de la théorie de Lezana à une époque lourde de controverses à ce sujet. D'où l'historicité prononcée du décor d'église inhabituel en question, et l'intérêt qu'il suscita chez Cittadini. Le champ copié par lui orne les murs de la nef droite, et représente un paysage avec des Pères carmes prédisant à sainte Emérence sa descendance. Celle-ci se trouve à la fourche de l'arbre, et ses deux filles, Anne et Ismeria, prennent place au-dessus d'elle, respectivement sur les branches gauche et droite, puis viennent les autres descendants, côté gauche la fille d'Anne, Marie et son fils Jésus, côté droit la fille d'Ismeria, Elisabeth et son fils saint JeanBaptiste. La figure de Jésus flotte déjà au-dessus de l'arbre, parmi les nuages. 31 Ce que nous voyons dans le dessin de Cittadini, n'est pas la scène tout entière, seulement sa partie supérieure formée par la frondaison de l'arbre. Il se peut que la partie inférieure du dessin ait été tronquée, mais on peut également supposer que Cittadini 28 Le sujet est présenté pax Appendix de Ecclesia S.Martini consacré à la description de l'église, article écrit par lui et paru dans le tome 111 des Annales Saeri, prophetici, et Eliani Ordinis Beatiss. Virginis Mariae de Monte Carmeli, Rome 1653. 29 Bandes, loc.cit. p. 48. 30 Le virulent débat a duré jusqu'à ce que le pape Innocent XII interdise dans une bulle le traitement de ce sujet. Voir Bandes, loc.cit. p. 48, n. 13. 31 Le sujet de la scène est puisé dans Vita Gloriosissimae Matris Annae de Petrus Dorlandus, paru en 1490.