Tátrai Vilmos szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 83. (Budapest, 1995)
NÉMETH. ISTVÁN: Fille assoupie. Contribution a l'interprétation d'un tableau attribué a Jacob Duck
l'identité apparente des instruments musicaux figurant dans les deux tableaux, mais les autres éléments accessoires de la scène populeuse méritent également d'être signalés, tels que le lit à baldaquin à l'arrière-plan à droite, les verres, cruches, objets pour fumeurs, et à gauche, à l'extrémité d'un rebord de fenêtre sortant de derrière des rideaux sombres, un chandelier. Au fond, à l'autre bout de la table, l'on y découvre par ailleurs aussi une femme qui somnole, la tête reposée sur sa main. Dans la Joyeuse compagnie de Worcester signée de Jacob Duck (fig. 57), nous pouvons déjà remarquer dans l'angle droit inférieur l'instrument bien connu des œuvres de Budapest et de Saint-Pétersbourg, appuyé également contre une chaise. 25 Les personnages féminins de la compagnie s'amusant et jouant aux cartes sont, cette fois encore, très vraisemblablement, des prostituées qui s'empressent autour d'une espèce de "fils prodigue moderne". 26 Sur la table à moitié recouverte d'un tapis, on distingue entre autres objets un collier de perle, et les filles portent de menues boucles d'oreille comme la figure féminine du tableau au Musée des Beaux-Arts. Compte tenu des analogies susmentionnées, la Fille assoupie de Budapest doit incontestablement avoir pour auteur Jacob Duck. Les spécificités de la composition, le traitement de la lumière et des couleurs caractérisent avant tout les créations tardives de Duck, notamment le tableau d'Angleterre présenté plus haut (fig. 53). Cela permet de stiuer la date de son exécution aux alentours de la tin des années 1650 et du début de la décennie suivante. L'interprétation du tableau de Budapest se trouve quelque peu compliquée par le fait que, contrairement aux représentations mentionnées plus haut du thème, celui-ci ne comporte qu'un seul personnage. L'action de la scène - si toutefois l'emploi de ce terme est permis dans notre cas - se limite à la peinture de la dormeuse et, apparemment, les motifs complémentaires ne fournissent pas, eux non plus, beaucoup plus de repères permettant de déchiffrer la signification de l'œuvre. Or à replacer la scène dans le contexte iconographique que nous venons d'ébaucher, la figure féminine somnolente ayant un aspect parfaitement innocent aux yeux des spectateurs d'aujourd'hui, reçoit d'emblée un éclairage tout à fait différent. Comme nous l'avons fait remarquer, le motif du sommeil appelle traditionnellement diverses associations négatives, et il est fort probable que, pareillement à d'autres œuvres à sujet identique de Duck, notre tableau représente également une courtisane. L'examen rapproché de tel ou tel détail de la scène semble étayer cette hypothèse. L'instrument disposé au premier plan du tableau en face de la femme assoupie était l'un des accessoires indispensables des bordels dans les Pays-Bas de l'époque, institutions également appelées "maisons chantantes", ce dont témoignent, outre le tableau susmentionné de Jacob Duck à Saint-Pétersbourg, de nombreuses autres scènes de genre montrant des compagnies joyeuses ou l'intérieur d'une maison close. Dans le même temps, les instruments musicaux, en particulier les instruments à cordes, ont parofis été porteurs d'une 25 Worcester Art Museum, Worcester Massachusetts, n° d'inv.: 1974.337. huile sur bois, 46,7 x 73,7 cm. Le même instrument figure dans le tableau de Duck à Dusseldorf (Kunstmuseum, Dusseldorf, n° d'inv.: 287) v. Masters of Seventeenth-Century Dutch Genre Painting, op.cit. (n.6) p. 191. 26 Welu, J.A., Card Players and Merrymakers: A Moral Lesson, Worcester Art Museum Bulletin 4 (1975) n° 3, pp.816.