Tátrai Vilmos szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 80-81. (Budapest, 1994)
EISLER, JÁNOS: Dans l'atelier de Verrocchio
Apropos de la disposition des anges couronnant la Vierge, nous ne saurions citer que des affinités lointaines dans la peinture florentine, en particulier dans les panneaux de Filippo Lippi. S'il s'avérait pertinent l'hypothèse de Shearman selon laquelle la Vierge à /' Enfant dans la collection GambierParry à Londres, datée vers 1465, est l'oeuvre picturale la plus précoce de Verrocchio, 52 dénotant aussi une influence néerlandaise, nous pourrions envisager l'existence d'un modèle sinon néerlandais du moins septentrional. Au lieu de cela, nous préférons compter avec une autre sorte d'antécédent: Mackowsky, l'un des premiers monographistes de Verrocchio, a cru reconnaître la représentation de l'agrafe exécutée à la demande du chapitre métropolitain de Florence dans l'une des plaquettes de bronze de l'ancien Königliche Museen à Berlin. 53 Nous avons connaissance de l'agrafe originale par des documents écrits, et comme la posture des anges agenouillés sur l'accoudoir du trône dans la plaquette est identique à celle du couple procédant au couronnement dans notre retable (fig. 56), on peut supposer qu'en l'occurrence, Verrocchio ait puisé dans son propre réservoir de détails de composition accumulés au début de sa carrière d'orfèvre. Il est aussi permis de prendre en considération comme préfiguration dans la composition des anges sculptés sur le monument funéraire du cardinal de Portugal par Antonio Rossellino (achevé en 1466), parmi lesquels quelques-uns étaient attribués à Verrocchio par certains connaisseurs. 54 Cet élément contribue également, semble-t-il, à situer avec une grande probabilité la date d'exécution aux alentours des années 1466-68. Dans la composition spatiale du retable une importance-clé revient au motif des dalles octogonales en raccourci. De pareils motifs apparaissent dans un champ du cycle de fresques peint par Filippo Lippo à la cathédrale de Prato et daté de 1464. 55 La console à arcs soutenant les accoudoirs du trône de marbre dans notre retable a été reproduite, comme élément de répartition, sur le mur scandé d'arcades qui clôt le second plan dans le tableau de Baltimore attribué à Biagio (autour de 1470-72). 56 Dans le retable, le mur couvert de plaques de marbre semble clore l'„hortus conclusus", et ce type de fond tranche nettement avec un groupe de modèles des panneaux florentins exécutés dans les décennies 1450-60. Que l'on considère la production de Filippo Lippi ou celle de Domenico Veneziano, le second plan y conduit vers le fond le plus souvent à travers des arcades à colonnes, ou bien par une porte ouvrant de l'intérieur d'un bâtiment, et qui laisse entrevoir le déambulatoire d'un cloître. Ce type „d'hortus conclusus" est répété par Cosimo Rosselli dans son retable aujourd'hui à la Galerie de l'Académie à Florence (n" d'inv. 1890, n"8635). La répartition du mur de fond au jardin du retable d'al Maglio, permet de deviner aussi des antécédents sculpturaux: sur le dos des importants monuments funéraires humanistes de Florence, l'on peut observer une répartition similaire, qu'il s'agisse du Marsuppini par Settignano ou du cardinal de Portugal par Rossellino, déjà mentionné. Enfin les arbres et autres végétaux dépassant le mur dans le retable rappellent de par l'exubérance de leurs feuilles touffues, leur abondante frondaison la flore du Baptême peint pour l'église Savio (aujourd'hui aux Offices de Florence). 52 Shearman, J., A Suggestion for the Early Style of Verrocchio, The Burlington Magazine 109 (1967) p. 121, n"109. " Mackowsky, H., Verrocchio, Bielefeld-Leipzig 1901, p. 14, fig.2. 54 Passavant 1969, op.cit. (n.3.) p. 17., n'évoque pas son collaboration, par contre Seymour (op.cit. n.19., p.22, 23, 116) pense à Verrocchio. Pour ma part, je partage l'hypothèse de Seymour. 55 Oertel, R., Fia Filippo Lippi, Wien 1942, fig. 84. 56 Brown, lac.cit. (n.35.) p. 48.