Varga Edith szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 79. (Budapest, 1993)

CZÉRE ANDREA: Valentin Lefebre dans la sphere d'attraction des arts vénitien et romain

Cortona (fig. 27) n'estime pas nécessaire de faire figurer dans sa composition le héros ballotté par les vagues en faveur duquel Neptune intercède, mais se contente de peupler sa toile de tritons et de naïades, habitants du royaume des vents et de la divinité marine. Lefèbre a emprunté — en les modifiant — de nombreux motifs à Cortona (fig. 28). Il a, en même temps, enrichi la composition, en tenant vraisemblablement compte des données de la surface murale à décorer. Dans sa version figure le bateau d'Enée bien que relégué au coin droit ravalé au rang de motif secondaire de l'arrière ­plan : par rapport aux figures occupant le premier plan du tableau, Enée et son com­pagnon accroché au mât apparaissent minuscules. A force de multiplier certains mo­tifs, tels les angelots volants et tritons, l'œuvre de Lefèbre devient encore plus en­combrée que celle de Cortona. D'autres éléments de composition puisés chez Cortona sont, les médaillons sertis de cadres décoratifs dont les représentations sont emprun­tées telles quelles au modèle mais reproduites sous forme d'images réfléchies. L'un des médaillons (fig. 28) représente la scène où Enée, guidé par un couple de pigeons, messagers de sa mère Vénus, cherche dans la forêt le rameau d'or lui ouvrant les portes du royaume des Ténèbres. 61 L'autre médaillon intégré à la composition qui montre l'attaque des harpies évoque à son tour l'épisode de l'Enéide centré sur un concours de tir à l'arc, organisé à l'occasion de la mort d'Anchise, père du héros, lorsque les jeunes visent une colombe attachée au mât (fig. 31). 62 Les éventuels antécédents des figures de guerriers luttant avec les harpies, absentes chez Cortona, demeurent pour le moment non-identifiés. La figuration des harpies correspond en tout cas assez bien au concept de Lodovico Carracci qui, dans une scène du cycle de fresques inspirées également de l'Enéide (Palazzo Fava de Bologne) les avait dépeintes sous des traits similaires : proportions, aspect ailé et double queue de ser­pent en guise de pieds. 63 Le choix de cet épisode par Lefèbre indique que ses objectifs différaient quelque peu de ceux de Cortona. Ainsi, chez lui, le caractère épique, l'as­pect coloré et mouvementé de l'intrigue prennent le dessus sur le contenu symbolique. Le dessin, Neptune apaise la mer, était apparemment un projet de décoration destinée à couvrir le mur en longueur d'une salle, tandis que L'attaque des harpies son mur en largeur. Il est à supposer que la décoration comprenait en outre deux scènes de format analogue et une peinture devant orner le milieu du plafond dont aucune n'a été retrouvée à ce jour, ce qui nous empêche pour le moment de nous faire une idée de ce que pouvait être l'œuvre dans son intégralité. Nous ignorons aussi s'il subsiste quelque part la décoration de palais à laquelle l'artiste comptait intégrer les deux scènes en question. L'exécution du projet a dû cependant être menée à bien, puisque nous avons connaissance de plusieurs copies réalisées d'après ces composi­tions. L'une des feuilles de grand format classée auparavant parmi les dessins italiens anonymes du XVII e siècle, dans la collection du Musée des Beaux-Arts de Budapest, fut attribuée à Lefèbre d'abord par Nicholas Turner, attribution confirmée ensuite 61 Aeneis VI, 125-147, 186-211. 62 Aeneis V, 485-545. 63 Bodmer, H., Lodovico Carracci, Burg b. M. 1939, fig. 6.

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