Varga Edith szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 75. (Budapest, 1991)
ZENTAI, LORÁND: «Le Massacre des Innocents». Remarques sur les compositions de Raphaël et de Raimondi
la méthode de travail de Raphaël, l'enchaînement de dessins composé par Fischel, en le complétant du dessin du Musée des Beaux-Arts. 8 J'aimerais faire quelques remarques sur l'enchaînement de dessins en question sur deux points, à propos de l'un des dessins de Vienne et de celui de Budapest. Selon Fischel et selon tous les chercheurs qui se sont penchés sur la question après lui, c'est parmi les ébauches destinées à la fresque du plafond de la Stanza delta Segnatura du Vatican représentant le Jugement de Salomon, en l'occurrence un dessin conservé à l'Albertina (F 231), que l'on rencontre pour la première fois le motif du « Massacre des Innocents » (fig. 20). 9 L'ensemble de la composition a été fixé pour la première fois par un dessin à la plume du British Museum (F 233, fig. 22), qui a été ensuite repris et développé par une ébauche de composition conservée à Windsor (F 234, fig. 23), dont les principaux contours ont été portés sur la feuille de dessin par Raphaël en les retraçant en creux. Puis il a perfectionné dans une autre ébauche figurant dans les collections de l'Albertina (F 236, fig. 21) le groupe de gauche représentant l'un des sicaires et une mère tentant de lui soustraire son enfant, qui n'était selon Fischel pas tout à fait au point, jusqu'à en rapprocher la conception de la formule finale. Mais si l'on compare avec soin ce dernier groupe avec celui des trois autres esquisses et à celui de la composition gravée définitive, il apparaît assez nettement que la posture à peine éloignée du vertical du tueur, son visage représenté presque complètement de profil et sa musculature dessinée assez sommairement sont encore très proches de la formule que l'on rencontre dans la partie gauche du premier dessin de l'Albertina. Par ailleurs, les autres feuilles de cette série d'ébauches, à commencer par celle de Londres, développent en un processus qui se déroule harmonieusement et sans heurts le personnage du sicaire plus dynamique qui est représenté en haut à droite dans le premier dessin de l'Albertina, et ce jusqu'à la formule que l'on rencontre dans la gravure elle-même (fig. 24). Or, dans cette série, le second dessin de Vienne représente avant celui de Londres un essai justifié et raisonnable, tandis qu'il perd tout son sens et se transforme en incompréhensible retour en arrière artistique si on le situe entre le dessin de Windsor et la gravure. La même chose vaut pour le groupe formé par la mère et l'enfant. Dans le dessin de Londres, Raphaël a déjà travaillé pratiquement jusque dans ses moindres détails le personnage qui figure dans la gravure, où l'on retrouve pratiquement sans modification aucune la mère et l'enfant. Dans la deuxième feuille conservée à l'Albertina, on voit en pratique prendre forme à gauche un primo pensiero confus du premier dessin de l'Albertina, puis l'artiste développe cette idée naissante dans trois études de détail à droite, dans un premier temps au niveau du travail du personnage du sicaire. Après le dessin de Londres, ce personnage aussi représenterait un recul dans le développement de la composition, ce qui, outre son caractère absurde, serait en contradiction également avec la méthode de travail économe et « utilitariste » de Raphaël. 10 De ce fait, il est plus logique d'y voir un essai antérieur, et non pas une 8 Ames-Lewis, op. cit. (n. 5) pp. 4-8. 9 Dans ce qui suit, la lettre « F » renverra au corpus de Fischel déjà cité (n. 7), avec mention du numéro concerné. 19 Cf. Gere-Turner, op. cit. (n. 3), pp. 6-7.