Varga Edith szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 74. (Budapest, 1991)

KOMORÓCZY, GÉZA: L'ordre des astres, ordre dans le monde

En réalité l'exposition n'a pas donné beaucoup de fils à retordre à l'historienne de l'art qui l'a réalisée. C'est la philosophie astrale ayant pris forme dans l'art gra­phique des XV e-XVIII e siècles, qui a pour ainsi dire arrangé elle-même le contenu des portefeuilles. Le conservateur n'avait qu'à suivre les suggestions venant des sphères, qu'à obéir au classement opéré par cette philosophie, elle n'avait qu'à re­connaître les idées organisatrices de la vision du monde d'une tradition, d'une époque. Le sujet cette fois-ci est l'ordre astral et l'ordre dans le monde humain, l'organisa­tion de l'univers, du macrocosme et l'influences des principes organisateurs sur les détails, sur le microcosme, le petit monde humain : les forces qui créent et qui main­tiennent l'ordre universel. Nous vivons des jours chaotiques en attendant le dies commutationis. Le terme par lequel la Bible désigne le chaos est tohu wa-bohu. C'est le chaos au début des temps, avant l'ordre cosmique. Mais qu'est-ce qui engendre l'ordre ? Quoi qu'il en soit, les étapes les plus importantes du début étaient l'ordonnance des cieux et de la terre, la mise en place du parcours du soleil, de la lune et des astres. Et nous voilà arrivés à l'influence mentionnée : il y a un rapport direct entre l'ordre cosmique et le jour que nous sommes en train de vivre. C'est le Chaldaeorum ratio, l'enseignement des Chaldéens, cette science hellé­nistique fondée sur les connaissances babyloniennes qui pour la première fois énonce l'interdépendance des différents niveaux de l'ordre. Les Chaldéens, dit notre source tardive, notamment Censorinus, dicunt actum vitamque nostram stellis, tam vagis quam statis, esse subiectam, c'est-à-dire : nos faits et gestes ainsi que notre vie elle-même dépendent des planètes aussi bien que des étoiles fixes, dont la course compliquée — poursuit le texte que nous ne citerons pas ici — définit la voie du genre humain. Aucun autre domaine du savoir humain n'est resté pendant un temps aussi long une tradition vivante, et n'a joué un rôle si important dans la vision du monde de la culture européenne que cette science des astres babylonienne, ou pour employer un terme qui fait davantage justice à l'évolution ultérieure, la science qui plonge ses racines dans la culture babylonienne. Ce n'est pas sans raison que j'utilise dans ce contexte le terme de science. Je le fais pour éviter, à l'instar des anciens, la mise en opposition de l'astronomie et de l'astrologie, ce qui serait contraire à l'histoire, et aussi pour invalider la notion agres­sivement « éclairée » de la science. Il n'y a pas lieu de parler ici de détails techniques ; je me contenterai de dire que c'est la science babylonienne des astres qui a conçu l'idée de l'ordre du cosmos. Dès le tournant du III e et du II e millénaire av. J. C. cette science a servi pendant plus de mille cinq cents ans à prédire le sort d'un pays, mais au milieu, dans la deuxième moitié du I er millénaire on en a vu paraître une variante individuelle, la genethlia­logie, dont est issue aussi l'astrologie des horoscopes. La science babylonienne des astres cherchait à exprimer l'ordre par des chiffres. Elle définissait le monde en suites de nombres de plus en plus longues, tandis que l'espace et le temps prenaient la forme de séries infinies de fractions naturelles. Ce modèle purement numérique du monde fut dépassé par les Grecs en deux direc­tions. D'une part sur le plan verbal de la philosophie, d'autre part dans des représen­tations figurées et symboliques. Grâce à la théorie des éléments et au classement plus

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