Varga Edith szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 74. (Budapest, 1991)
GESKÓ, JUDIT: Le modele antique de la Méditerranée de Maillol
Il est donc plausible que le personnage de « Aha Oe Feii ?» de Gauguin et des statuettes de femme assise réalisées par Maillol entre 1900 et 1902 36 et, partant, la statue de la Méditerranée, aient tous été inspirés par le jeune homme assis, une jambe repliée, qui figure dans le groupe ornant le fronton de la façade du temple de Zeus d'Olympie (figs. 30 et 31). Maillol possédait vraisemblablement plusieurs clichés représentant le personnage sous des angles variés. Celui qui le montre vu de la droite présente des ressemblances frappantes avec le personnage assis que l'on voit au premier plan du tableau de Gauguin, à ceci près que la main et le bras droits sont différents, de même que la position de la main gauche. En effet, la femme de « Aha Oe Feii ?» a la main droite posée un peu en arrière du corps et s'appuie légèrement dessus. Quant à la main gauche, elle est posée sur son genou. Par contre, la position du tronc et celle des jambes sont exactement les mêmes que celles de la statue antique. De même, les photos prises sous plusieurs angles (fig. 32 et 33) de la statuette de Maillol intitulée «Jeune femme accroupie au chignon pointu » 37 prouvent qu'il existe d'étroits rapports entre la statue d'Olympie et les premières œuvres du maître français. La courbe de la main gauche de la jeune femme est la même à peu de chose près que celle de l'esclave grec. Les deux statues ne se différencient dans la position que par la partie inférieure de la jambe droite et dans le fait que la jeune femme tient la main droite plus près du corps. On peut fort bien observer dans cette statuette de Maillol, ainsi que dans les autres qu'il fit entre 1900 et 1905 et dans de nombreux dessins et esquisses en terre cuite, la façon dont l'artiste est parvenu pas à pas, en partant de la statue antique, au modelage de sa «Méditerranée» (1900/1905), puis à sa sculpture dans la pierre en 1905-06, (fig. 28). 38 Cette statue grecque devait le préoccuper longtemps encore, comme le prouve par exemple un dessin datant de 1923, qui reprend dans sa composition celle du cliché représentant la statue de l'esclave vue de face (fig. 34). 39 Nous n'avons en l'occurrence nullement affaire à un simple emprunt de motif. Nous avons vu plus haut que l'influence de la statuaire grecque avait joué un rôle non négligeable dans le fait que Maillol se retournât à la charnière des XIX e et XX e siècles contre le naturalisme, les bravoures de modelage et ce qu'il appelle le « travail de la chair». Pour lui, le nu n'est plus seulement un sujet, c'est aussi devenu une forme d'expression de son art, qui dit tout ce qu'il pense de l'art sous forme de symbole et de correspondance du corps humain. 40 L'artiste a cherché et trouvé des formations closes et construites à partir de formes géométriques simples ou bien les renfermant de manière à ce que celles-ci les remplissent entièrement. Maillol a ressenti le rapport existant entre le corps humain et les formes géométriques élémentaires : son classicisme procède aussi de Cézanne. Et c'est pour cela qu'il a senti un tel enthousiasme pour les œuvres du style sévère de la Grèce antique, dans lesquelles il a appréhendé l'ultime moment de l'histoire de la statuaire grecque où la composition entretient 36 Jeune femme accroupie, 1900, bronze, Collection Dina Vierny, Slatkin, W.. loc. cit. (1979), n. 8 ; Hoetink, H. R., loc. cit. (n. 11), fig. 5-9. '•" N" d'inv. : 6673, bronze, 16 cm, don de Adolf Kohner, 1934. 38 Cf. cat. Orsay (n. 3), fig. 2 et 9 ; Koella, R., op. cit. (n. 10), p. 151. 39 Cf. cat. Orsay (n. 3), fig. 18. 40 Langlotz, E., Griechische Kunst in heutiger Sicht. Frankfurt/Main 1972, p. 73.