Varga Edith szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 73. (Budapest, 1990)
SIMON, ZSUZSANNA: Le Musée des Beaux-Arts de Budapest en tant que modele artistique
entretiennent au moins autant de rapports avec les moyens utilisés qu'avec le phénomène étudié. Vient ensuite encore une série consacrée au rapport œuvre/spectateur (1977), qui porte le titre de « Orsi au musée » (fig. 36 et 37). On voit dans chacun de ces clichés une même jeune femme, chaque fois devant un tableau de la Galerie mais lui tournant le dos. Une jeune femme qui, sans tenir le moindre compte du monde qui s'ouvre derrière elle, joue à prendre des poses devant l'objectif, et vit tranquillement sa petite vie exhibitionniste. Birkás apporte un plaisir masochiste à montrer dans cette série la façon dont cette peinture mystérieuse, insaisissable mais avant tout adorée avec la plus grande ardeur, perd son éclat et se transforme en pure décoration par suite de l'apparition de la vie, incarnée par la jeune femme. Nous nous trouvons en présence, dans ce vaste essai-symphonie sur le musée, d'un Allegro, d'un interlude scherzoso, dont nous ignorons sur quoi porte essentiellement l'ironie : Orsi, le modèle, qui jure passablement avec l'ambiance du musée de par son charme un peu commun, ou bien les tableaux, qui se révèlent, horribile dictu, d'une telle faiblesse face à une influence plus forte qu'eux, ou bien encore sur Birkás lui-même et son parcours obsédant, toujours renouvelé, du musée ? Vint après cet intermède le dernier volet de cette quête de l'art, sous forme d'une exposition organisée en 1979 à Budaörs, dans la banlieue de Budapest, exposition où l'on pouvait voir une oeuvre unique réalisée tout exprès pour l'occasion. L'affiche était déjà prometteuse, puisqu'on y voyait Ákos Birkás agenouillé devant l'Immaculée Conception de Zurbarán, comme devant un retable (fig. 38). En fait, cette affiche aurait suffi à nous permettre de tirer une conclusion fort simple, à savoir qu'après son analyse intellectuelle de la notion de peinture, sa poursuite de la chimère du musée et sa tentative de fusion dans l'image (ou bien en guise de tout ceci ?), Birkás en est réduit à se prosterner tout bonnement devant l'art. A moins que sa conclusion ne soit pas aussi simple qu'elle en a l'air ? L'image ne manque en effet pas d'ironie, d'autoironie, ce qui indique que Birkás ne considérait quand même pas comme entièrement juste cet hommage sans réserve, ou du moins qu'il ne lui suffisait pas, qu'il voulait faire acte de respect par un geste plus profond, plus raffiné, et aussi plus polysémique. Le geste en question prit la forme de l'exposition de Budaörs avec, couvrant tout un mur de la salle, du sol au plafond, une reproduction photographique sur panneau grandeur nature de l'un des murs de la Pinacothèque Ancienne. Cette photo représentant en perspective l'un des murs de la salle consacrée à l'art espagnol faisait un effet extraordinaire dans cette modeste petite salle d'exposition de banlieue, et le visiteur avait l'impression, en entrant, de pénétrer de plain-pied dans le Musée. Mais le panneau en noir et blanc était fidèle au modèle original uniquement au plan des dimensions, et non pas au point de vue technique. En effet, les tableaux représentés (la Sainte Famille de Zurbarán, le Christ de Mateo Cereso) semblaient peints ou repeints à grands coups de pinceau, dans un style expressif. Birkás a obtenu cet effet en badigeonnant au pinceau le papier photosensible déjà éclairé au révélateur, lors de l'agrandissement. Ce qui l'intéressait dans ce procédé, ce n'était pas le résultat, mais le pro-