Varga Edith szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 73. (Budapest, 1990)
GOSZTOLA, ANNAMÁRIA: Une acquisition récente de la collection des peintures flamandes
la littérature italienne qui fut accueillie avec le plus de succès à l'époque fut la pièce tirée par G. B. Guarini (1538-1612) de l'Aminta du Tasse (1573), Il Pastor fido (Le Pasteur fidèle, 1590). Les épisodes le plus souvent traités en peinture sont ceux du couronnement de Myrtillo (Ile acte, se. 2) et de la blessure de Dorinda (IVe acte, se. 8 et 9), surtout dans les Pays-Bas du XVII e siècle. 10 C'est ce dernier qui constitue la source littéraire du tableau du Musée des Beaux-Arts de Budapest. Dans les arts figuratifs, c'est aux peintres italiens du XVI e siècle (Giorgione, Le Titien) que l'on doit les premières scènes pastorales qui servirent ensuite de modèle. Pour ce qui est de l'adaptation picturale du Pasteur fidèle, les maîtres qui viennent en tête sont Le Guerchin (1591-1666) en Italie et Philippe Quentin (1600-1636) en France. 11 Aux Pays-Bas, c'est à la fin des années 1620 que furent traitées les premières scènes pastorales avec plusieurs personnages (Abraham Bloeniaert, Gerrit van Honthorst). Elles atteignirent le point culminant de leur popularité dans les années 1630-40. L'histoire de Silvio et Dorinda était connue en Hollande dès 1635 grâce à un tableau de Hermann Saftleven (1609-1685) 12 (fig. 27), alors que la tragi-comédie de Guarini ne fut traduite en néerlandais qu'en 1650. Toute la composition de cette toile, y compris la position agenouillée de Silvio, fut déterminante pour les artistes qui traitèrent le thème par la suite. Dans le modelé du personnage de Linco soutenant la nymphe blessée, le peintre s'inspire des traditions en matière de représentation de Céphale. Si l'on compare le tableau avec celui de Budapest, les similarités de types et d'ordonnance des personnages permettent de supposer qu'il influença Van Lint (sans doute indirectement seulement). 13 Le fait que la scène tranche nettement sur le cadre environnant apparente la toile à celles des Italiens. A ce sujet,le peintre flamand, lors de son voyage à Rome, fut profondément influencé par les œuvres du Caravage. 14 Cette conception anthropocentrique et la compétence de Van Lint en matière de genres figurés devaient également déterminer la place occupée par cette toile dans le genre pastoral. Il y fait fusionner le bucolisme du sujet avec un sens bien particulier de l'actuel. A l'époque, il était coutumier de représenter l'auteur de la commande dans quelque scène pastorale. Il a souvent été possible d'identifier la personne ainsi représentée, mais tel n'est malheureusement pas le cas des scènes empruntées au Pasteur fidèle. Les spécialistes sont persuadés que dans les tableaux de Van Lint tous les personnages (exception faite de celui de l'Amour) représentent une personne réelle, surtout celui du vieux serviteur, en raison de ses traits extrêmement caractéristiques et (dans la toile de Zurich) de son contact avec le spectateur. 15 10 D'après les recherches de Kettering, le sujet du Berger Fidèle a été repris dans 33 tableaux connus à ce jour, de 24 artistes. Kettering, op. cit. (n. 2), p. 101. 11 Entre 1615 et 1620, Le Guerchin réalisa une série en onze pièces pour la Villa Giovannina de Cento. Quant à Philippe Quentin, il en fit une en dix pièces pour le château d'Ancy-le-Franc, dans l'Yonne, entre 1620 et 1622. 12 Berlin, Staatliche Museen, n° d'inv. : 958, huile sur toile, 114X140 cm. 13 Kettering, op. cit. (n. 2), p. 165. (n. 37). 14 On trouve une expression puissante de ce sujet, basée sur un principe similaire, dans un tableau du Guerchin conservé à Dresde (n° d'inv. : 367, huile sur toile, 224x291 cm). 13 Cat. Schenk, loc. cit. (n. 4), p. 86.