Varga Edith szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 68-69. (Budapest, 1987)
TÁTRAI, VILMOS: Une peinture peu connue de Garofalo
La peinture, avec la nef au fond et l'escalier au premier plan, ces motifs principaux du milieu architectural qui réunit 35 personnes — un nombre particulièrement grand pour ses petites dimensions, constitue une sorte de variante miniaturisée de l'Ecole d'Athènes. Deux des personnages évoquent les fresques des Stanze: le pharisien représenté de dos la Dispute, l'homme qui se raccroche à la colonne l'Héliodore chassé du Temple. Jésus, représenté de face et mis en relief debout sur une estrade est installé dans l'axe centrale du tableau, accompagné de ses disciples, son geste ouvert vers tous les deux côtés est celui de la reconciliation. Le groupe des personnages principaux est fermé à droite par la femme adultère. Avec sa pose élégante en contrapposto, rappellant la Sainte Catherine de Raphaël, sa robe aux plis abondants et harmonieux, sa représentation de face, elle forme dans la composition le contrepoint du pharisien accusateur, montré de dos. Le schéma structural de ce groupe pourrait aussi bien être celui d'une "Vierge sur un trône entourée de saints", la mise en place étant dirigée non par les exigences de la situation dramatique, mais par celles de la belle apparence. Les clichés de poses et de gestes font partie du répertoire de l'académisme qui les empruntait aux oeuvres devenues vite normatives de la Renaissance mûre. Le peintre fait voir son répertoire de types et de caractères aussi: le prêtre juif au regard stricte, le pharisien au visage laid, debout à côté de la femme adultère, le barbare au bonnet phrygien, le visage en forme d'une masque comique qui se voit de face entre ces deux derniers et tous les autres personnages constituent un ensemble sans force d'expression mais sans doute très décoratif. Le but du maître formaliste est la totalité encyclopédique, il veut attester ses capacités de bravoure à la base de l'idée de "plus le nombre est grand, plus il est beau" : il faut qu'il y ait dans le tableau des vieux et des jeunes, des beaux et des laids, des profils, des demi-profils, des profils de trois quarts, des cheveux frisés et des casques panachés, des raccourcis lourds, des voûtes en berceau à cassettes et des voûtes en croisée d'ogives, et des costumes impeccables du point de vue archéologique. L'exécution des détails est très minutieuse. Dans le travail ciselé de ce tableau de petites dimensions qui témoigne de grandes ambitions, on sent aussi l'influence de la fin du XV e siècle — notamment celle de Mantegna dont le nom, à propos de Garofalo fut mentionné par d'autres spécialistes aussi: la tendance décorative du maniérisme académique rencontre ici l'un des idéaux du quattrocento, la définition précise de la forme. L'effet de couleurs le plus fort se réalise dans les manteaux jaunes du prêtre juif et du pharisien emprunté à la Dispute et dans la robe bleu clair de la femme adultère, rendue illuminée par des rehauts blancs. Le décor et le fond sont constitués par des verts, des blues, des rouges et des oranges chauds. La mise en relief des couleurs correspond naturellement à celle delà composition; la mise en scène symétrique des personnages principaux aux deux côtés de Jésus domine l'effet d'ensemble à un tel point que nous ne nous rendons compte de l'asymétrie des personnages secondaires qu'en examinant le tableau plus en détail. Le narrateur assis à gauche près de l'escalier (un prophète? un philosophe païen représentant la sagesse d'avant Jésus-Christ?) n'a pas de pendant à droite, où l'on ne voit qu'un relief représentant une scène erotique en rapport évident avec l'histoire biblique. Les autres membres du groupe du côté gauche sont situés sur une diagonale à trois dimensions qui part de ce personnage de premier plan en montant avec raideur vers le haut. Le passage du premier au second plan est effectué à l'aide du barbu assis, montrant du doigt en avant et se tournant vers le jeune homme derrière lui à qui il explique quelque chose. C'est aussi