Radocsay Dénes - Gerevich Lászlóné szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 17. (Budapest 1960
GARAS, CLAIRE: Carlo Innocenzo Carlone
route leur parenté et les équipes d'artistes ainsi formées s'acheminèrent ensemble pour exécuter un travail après l'autre. Les défauts de ce système, malgré l'unité de la conception et de l'exécution qui lui était heureusement inhérente, ne tardèrent pas à se présenter. Presque tous les membres des dynasties d'artistes italiens — leur carrière étant à priori assurée —• ont choisi la profession d'artiste, et même le moins doué parmi eux a pu aisément trouver du travail. Tout ceci, non seulement qu'il ne favorisait pas la sélection des talents, a au contraire entraîné, à défaut de concurrence, une certaine fatuité et un esprit superficiel. Ces constatations sont dans l'essentiel valables aussi pour la carrière de Carlone. Il arrivait en Autriche —Allemagne au début du XVIII e siècle, ses commettants étaient des princes s'efforçant d'augmenter leur pouvoir, les membres du haut clergé et de l'aristocratie, soutiens de la monarchie. Les tâches du peintre se rattachaient dans la première période de sa carrière à ces milieux-ci, décorant pour eux les nouveaux palais, châteaux et salles d'honneur. Son travail fut rétribué, dans la mesure du caractère représentatif des tâches et de la situation des commettants, très richement, l'artiste a pu par conséquent ramasser pendant les années passées en Allemagne une fortune considérable. 30 Il travaillait pour la plupart lui aussi en collaboration avec quelque ensemble d'artistes italiens dont les membres étaient d'ordinaire des parents, tel son frère Diego (Ludwigsburg, Ansbach, Einsiedeln, etc.). Ses plus grandes qualités qui lui valurent son succès unique et sa popularité, étaient la virtuosité, la légèreté et la sûreté de sa méthode créatrice et son don de créer une agréable image d'ensemble. Les commettants faisant état en premierlieu du caractère représentatif et de la beauté décorative des oeuvres, et n'exigeant point ni intimité ni approfondissement de l'expression, les peintres décorateurs italiens, dont aussi Carlone, se contentaient pour la plupart de varier les schémas attrayants, d'insister sur le riche effet d'ensemble. Conformément à ces exigences, la sphère des sujets était elle aussi assez restreinte. Les fresques décorant les palais sont presque sans exception des allégories panégyriques, la représentation par des personnages symboliques, des vertus, des rapports divins, des actes héroïques et des objectifs dynastiques des princes. Le théâtre est toujours le ciel, les personnes représentées sont toujours des personnages abstraits, des figures mythologiques et allégorico-symboliques ; Carlone ne mêle jamais aux personnages glorifiés des scènes terrestres ou des motifs empruntés à la réalité. La riche architecture encadrant les scènes — qui dans les peintures de Carlone fut toujours exécutée par des peintres d'architecture spécialisés —• sépare décidément la partie céleste s'ouvrant sur la voûte, de la réalité terrestre de la salle. Les fresques, avec leurs groupes jaune clair et orange, gaiement tourbillonant dans le bleu clair du ciel, la composition rococo légère et capricieuse, bien qu'elle soit encore assez encombrée, soulignent le caractère surréel, auguste et expressif de la représentation. Carlone a puisé la matière pour le brillant ensemble des groupes de personnages vêtus de 30 II touchait pour la peinture de la coupole de la chapelle de Ludwigsburg la somme de 5000 florins, pour la peinture de la Ahnengalerie 10 000 florins et pour le tableau d'autel de Paura un honoraire de 900 florins. Nous mentionnerons à titre de comparaison que Daniel Gran touchait pour ses tableaux d'autel de 400 à 600 fl. en moyenne, Troger, pour la fresque de la coupole d' Altenburg, la somme de 1900 fl, et plus tard, Maulbertsch fut honoré pour un plafond de 2000 fl. environ. À côté des grands honoraires, Carlone bénéficiait de cadeaux considérables (médaillons d'or, etc.) et retourné en Italie, il disposait, selon Füssli, d'une somme de 250 000 florins qu'il s'est épargnée.