Radocsay Dénes - Gerevich Lászlóné szerk.: A Szépművészeti Múzeum közleményei 16. (Budapest 1960)

BOSKOVITS, NICOLAS: Un „Christ de Pitié" bolonais

l'idée de la passion, jusqu'alors vénérées dans un sens différent qui attribuait à la représentation du Jugement dernier ou de la « Hetimasia » la signification de la résurrection glorieuse et du jugement, gagnèrent de différentes indulgences. 14 Ainsi, la pensée de renfermer dans un seul type de tableau les deux représentations — avec les indulgences se rattachant à celles-ci — passait graduellement au premier plan, à plus forte raison que c'est justement à l'église S. Croce où étaient conservées quelques-unes des reliques de la Passion. 15 Les monuments de l'époque permettent eux-aussi de suivre cette évolution. Le document le plus ancien des « Arma Christi » apparaissant avec les indulgences, est un texte écrit en 1320 par les Citeaux de Villers (Brabant), dans lequel on cher­cherait en vain la représentation du Christ de Pitié, bien que sa présence fréquente sur les monuments funéraires permette de conclure que les indulgences se rattachant à celle-ci furent alors déjà généralement connus. 16 Un manuscrit anglais des environs de 1350, intègre dans la composition présentant les instruments l'un à côté de l'autre, déjà le type grégorien du Christ, mais seulement comme l'un des emblèmes, sans toutefois lui attribuer un accent particulier. 17 Par contre le tableau de Roberto Oderisi, datant de cette même époque, présente déjà le type de tableau évolué : au centre de la composition la figure du Christ se dressant dans son sarcophage est entouré d'un ensemble presque complet des instruments et des événements de la Passion. 18 L'ordonnance n'est pas encore tout à fait fixé quant à ses détails. Ainsi, par exemple, pour éviter les difficultés posées par la stratification en profon­deur, le peintre place la Vierge et Saint Jean dans le sarcophage du Christ. Le texte de l'indulgence manque lui aussi. Pourtant le développement du type ne changera rien d'essentiel à cette manière de la représentation et nous la rencontrerons encore au XVI e siècle. Quant au rapport intérieur entre les personnages du groupe, c'est la nouvelle acquisition du Musée des Beaux-Arts qui présente, à notre connaissance, pour la première fois ce type qui plus tard fut si souvent employé à Venise. On rencontre au XVI e , mais déjà au XV e siècle, de nouvelles solutions de la composi­tion. La disposition en panoplie des instruments de la Passion en tant que sym­keit. München, 1931. — On ne peut donc considérer comme un hasard que c'est juste­ment devant un triptyque du Christ de Pitié que le maître du petit panneau siennois, autrefois dans la collection Kestner de Hanovre, avait placé Saint François visité par des apparitions mystiques. (Repr.: Rassegna d'Arte VI, 1906. p. 83). 14 L'évolution du type de tableau des « Armes du Christ » est traitée dans pres­que tous ses détails dans l'excellente étude intitulée « Arma Christi » de Berliner, R. (Münchener Jahrbuch der Bildenden Kunst. 3 e Série, VI, 1955). 15 On y voyait un morceau de la Sainte Croix, de la robe du Christ et de l'éponge trampée dans du vinaigre, un clou et quelques épines, ainsi que la colonne de la flagel­lation et un morceau du Saint Sépulcre. Cf.: E n d r e s, J. A.: op. cit. p. 155, et Kunst­1 e, K.: Ikonographie der christlichen Kunst. I. Freiburg Br. 1928. p. 488. 18 Le manuscrit de Villers se trouve actuellement à Bruxelles. Bibl. roy. Ms. 4459 — 70. Voir: Berliner, R.: op. cit. p. 48 et suiv. — La représentation du Christ mort a rappelé aux spectateurs l'intervention pour les morts ; ils y ont vu la confirmation de l'indulgence obtenue pour les défunts. C'est peut-être l'explication des « Christ de Pitié » visibles sur les côtés des monuments funéraires. Nous rencontrons également des repré­sentations indépendantes des « armes du Christ »: par exemple sur le tableau, daté de 1346 de Bartolommeo Pellerano da Camogli, conservé à la Galerie de Palermo, dont la prédelle figure les membres d'une confrérie religieuse en rendant hommage au groupe des instruments de la Passion (repr.: Van Marie, R.: op. cit. V. fig. 185). 17 British Museum Royal MS, E VI. — Cf. Berliner, R,: op. cit. p. 51. 18 Le tableau est actuellement conservé au Fogg Art Museum (Cambridge, Mass.) Voir : Q u i n t a V a 11 e, A. O.: Un dipinto giovanile di Roberto d'Oderisio. Bollettino d'Arte XXVI, 1932. p. 230 et suiv. et Berliner, R.: op. cit. p. 55.

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