Hedvig Győry: Mélanges offerts a Edith Varga „Le lotus qui sort de terre” (Bulletin du Musée Hongrois des Beaux-Arts Supplément 1. Budapest, 2001)
NADINE GUILHOU: Des ronds dans l'eau :... rapports a l'espace et au temps
NADINE GUILHOTJ même source lumineuse. Ne serait-ce la connotation péjorative qui se rattache à ces termes en français, on pourrait le traduire par « illuminé », « irradié et irradiant ». Être akh, c'est, comme on le traduit souvent, être glorifié, c'est-à-dire pur esprit et pure lumière ". C'est sans doute la qualité essentielle que va acquérir le mort au cours de son parcours post mortem. Avant de devenir cet esprit lumineux (akh), il aura retrouvé la mobilité (ha), l'énergie (sekhem). Il est intéressant de noter que les facultés magiques 12 indispensables sont acquises de façon très concrète dans le célèbre « hymne cannibale » (Formule 274 des Textes des Pyramides) : le roi les incorpore au sens propre ; il « mange leur hekaou (des dieux), avale leur akhou (§ 403c) ». Mais seul le retour aux sources, à l'unité profonde, permet cette différenciation. Si l'on considère ce processus à l'échelle de l'individu, tout se passe comme si l'homme qui arrive sur terre à sa naissance retournait, à sa mort, à la case départ, mais en acquérant quelque chose en plus, la dimension imaginaire, qui va le transformer, lui permettant l'accès à un autre espace-temps. Ce schéma se rattache au schéma structuraliste tel que l'on a pu le mettre en évidence dans le domaine littéraire, en ce sens que l'élément de rupture (la mort) va conduire à une restauration qui n'est pas cependant identique à l'état initial, mais comporte une idée de progrès. Une telle structure est particulièrement satisfaisante en ce qu'elle permet de rendre compte de la double notion de confonnité et de progrès, si chère à l'esprit pharaonique (en particulier dans le domaine idéologique) et si satisfaisante pour l'esprit, car à la répétition immuable et rassurante (protectrice) s'ajoute une avancée vers le mieux. Cependant, plus que d'une ascension, d'un escalier, image d'une progression vers le haut, il s'agit ici d'un flux et d'un reflux qui se développerait, à partir d'un point, selon des ondes concentriques. A l'échelle de l'univers, on a les cercles de la création, dont le point de départ est le démiurge, avec ses hypostases successives, puis l'univers clos (enserré par Geb et Nout / Djet et Neheh) du monde créé au-delà duquel s'étale le cercle de l'étendue liquide et de la nuit, espace non clos, sinon infini '\ Même expansion de l'univers dans la cosmogonie d'Edfou, où autour du flotteur de roseaux qui a accueilli Loin" Je me démarque ici sensiblement de l'opinion de G. Englund, Akh. une notion religieuse de l'Egypte pharaonique, Uppsala 1978. 12 C'est-à-dire agissantes, capables d'intervenir aussi bien sur le réel que sur l'imaginaire : voir l'article de Ph. Derchain, « De la magie à la méditation », dans les Actes cités (notes I ), p. 47-55. " Au-delà des notions réductrices restreintes comme le « souterrain », d'où, par exemple, les multiples apparences de la Douât, tantôt céleste, tantôt souterraine, et sa graphie : l'étoile encerclée. Elle est, en fait, le monde invisible, donc indéfini, plutôt qu'infini.