Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. – Doroghyné Fehér Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 2. szám. (MNG Budapest, 1974)
autre œuvre d'Eötvös, A XIX. század uralkodó eszméinek befolyása a társadalomra (L'influence sur l'État des idées dominant au XIX e siècle) dont le premier tome allait paraître à l'époque où Orlai travaillait à sa toile La découverte du corps du roi Louis II ! Nous avons connaissance du fait qu'à cette époque, dans les années 1840, Orlai recommandait à ses amis étrangers de lire les romans d'Eötvös, puisque lui-même était sûrement convaincu de leur vérité'' 4 . Si nous acceptons que c'était le roman A falu jegyzője qui représentait avec la plus grande fermeté les idées avancées de l'auteur, nous devons constater que l'étude L'influence sur l'Etat des idées dominant au XIX e siècle en était l'antipode. Orlai se tenait avec plus de suite à ses premières idées qu'Eötvös. Aurait-il reçu le témoignage des sympathies, des bonnes intentions d'Eötvös à son égard qu'il ne pouvait jamais compter sur une solidarité à toute épreuve. Pourtant, à ce moment de sa vie, il en avait grand besoin. Il avait besoin que l'on acceptât la défaillance de sa technique aussi. Nous venons de voir que les griefs formulés par Eötvös touchent en premier lieu la technique du tableau et mettent en évidence son imperfection. Nous pouvons nous imaginer qu'à l'époque de la survivance de la conception « petit-bourgeois » de l'art, l'œil, habitué à voir des figures peintes non seulement dans le respect du canon, mais aussi sous une forme agréable, devait trouver déplaisantes les formes libres, presque romantiques d'Orlai. Notons aussi que quelques années plus tard nous rencontrerons dans la famille d'Eötvös, comme précepteur du jeune Loránd, Gusztáv Kelety, le maître le plus conservateur, le plus entêté de l'académisme hongrois du siècle dernier. 00 Si Kelety a pu gagner à ce point la confiance d'Eötvös, nous ne sommes pas loin de la vérité en expliquant l'aversion d'Eötvös pour la toile d'Orlai par son manque du goût d'une composition plus libre, affranchie de l'esprit académique. Nul doute qu'Eötvös fût animé, lui aussi, par les meilleures intentions à l'égard d'Orlai. De plus, comme nous lisions dans sa lettre du 5 mai 1851, il parlait « d'événements récents » et de personnages « en vue dans ces temps derniers. » Il désirait donc voir Orlai exécuter des tableaux ayant de pareils sujets. Tout bien considéré, nous devons reconnaître que lui-même a donné un bel exemple — dans son roman A falu jegyzője — du style critique que l'on pouvait employer dans la présentation de la vie politique et sociale de son époque (c'est-à-dire en parlant d'événements récents et de personnages qui y ont joué un rôle). En conséquence, les conseils qu'il prodiguait à notre artiste étaient des plus importants. En examinant de près les opinions d'Eötvös, il n'est pas inutile de rappeler que les griefs de Toldy ne touchaient pas à l'imperfection de la technique du tableau. Au contraire. Toldy a reconnu que l'œuvre « l'idée mise à part, avait des détails dont on ne pouvait pas nier la beauté. » Nous constatons donc que ces deux protecteurs d'Orlai ne s'accordaient pas sur les qualités du tableau de leur protégé. * Le vide s'est fait autour d'Orlai. Même Gábor Pap, qui avait affirmé sur un ton résolu dans le journal Életképek qu'après la patrie c'est à l'art national qu'il fallait nous consacrer, n'a pas pris la défense du peintre à l'exemple d'autres amis de ce dernier, anciens camarades d'école de Pápa avec qui il avait fait ses études, avait figuré aux réunions de la Société d'émulation ou qui'il avait pris pour modèles, Ferenc Baráth par exemple, dont il avait dessiné le portrait. Qu'est-ce qu'ils ont fait pour l'artiste et que sont-ils devenus depuis que nous les avions recontrés? Gábor Pap est rentré de Vienne en octobre 1848, Jusqu'à cette date, il écrivait des reportages qui témoignaient de sa sympathie pour la révolution de Vienne à laquelle lui-même avait pris part. Après son retour, il s'est engagé dans l'armée nationale, il se battait jusqu'à Tiszafüred dans la division du général Richard Guyon, puis dans le corps d'armée de György Kmetty. C'étaient les soldats de Kmetty qui ont combattu à Lugos pour couvrir la fuite de Kossuth et de ses compagnons. 56 Ferenc Baráth est devenu d'abord garde national au printemps 1848, puis Honvéd, il a pris part à plusieurs batailles et entretemps il a été l'estafette de Kossuth. 57 Ses armes, ses décorations et son portrait au crayon par Orlai sont conservés dans la collection de l'École Supérieure de Pápa. On peut supposer de tous les deux que, rentrés de la guerre, ils ne jugeaient pas opportun de se mêler à la discussion qui a eu lieu au sujet du tableau d'Orlai. * Très déçu, notre artiste est rentré dans sa famille. Il n'avait pas réussi à vendre sa peinture qui lui avait coûté tant d'efforts sur le plan artistique et aussi sur le plan matériel. Elle ne lui a valu aucun succès. Son amertume a duré longtemps, les lettres reçues d'amis étrangers en témoignent. Ces amis lui demandaient de garder intacte sa foi en l'art et en lui-même ; ils lui rappelaient les créateurs qui l'avaient précédé et avaient dû recommencer souvent leurs luttes pour se faire valoir bien qu'ils donnassent à l'humanité des œuvres d'une valeur absolue. 08 Dans sa petite patrie, dans le département de Békés, il s'est remis au travail, aidé de quelques amis qui lui restaient fidèles. Benjámin Bonyhai dont nous avons déjà parlé, lui avait acquis des commandes de portraits à Debrecen. 59 Orlai a peint d'abord András Fésös, secrétaire général du conseil presbytéral de la province et les membres de sa famille. Puis, les commandes pleuvaient. Ses portraits ont tant plu aux clients, qu'il a dû les présenter dans le cadre