Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. – Doroghyné Fehér Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 2. szám. (MNG Budapest, 1974)
les œuvres y exposées à côté de celles de Chagall et de Kandinsky, en faisant remarquer tout de même, avec justesse, que les œuvres de Bortnyik sont animées d'un esprit plus révolutionnaire par suite de la prise de position humaniste de l'auteur se manifestant visiblement dans le contenu des tableaux. A la septième exposition de la revue Ma Bortnyik a envoyé des œuvres plus homogènes que les précédentes. La plupart des dessins étaient des illustrations du recueil d'Erzsi Újvári. Les poèmes avaient été inspirés par les horreurs de la guerre de quatre ans et Bortnyik en les illustrant a adopté leur ton antimilitariste. « Ces illustrations montrent que l'artiste s'est laissé pénétrer de ses thèmes et a pu donner une expression sincère et spontanée à ses sentiments » — écrit Kemény. Les surfaces réparties selon la technique cubiste sont peuplées de figures et d'objets découpés de façon qu'ils paraissent irréels. En supprimant les relations de temps et d'espace naturelles, l'artiste condense les événements en un tableau homogène faisant l'effet d'une vision. Les pièces les plus émouvantes de la série sont Avion (Fig. 91), Charge de police et Femme en couches. Les destructions causées par la guerre sont encore évoquées par une gravure sur linoléum illustrant également les poèmes d'Ujvári et reproduite en septembre 1918 dans la revue Ma, ainsi que par les illustrations de Manifestalion, œuvre d'Árpád Szélpál. Ces œuvres s'apparentent par leur style à l'expressionnisme allemand et aux œuvres de Kandinsky des premières années 1910. Les membres du groupe formé autour de la revue Ma ne se sont jamais solidarisés avec la révolution bourgeoise ; en 1918, ils ne se contentent plus de s'initier aux doctrines du socialisme ; sur les pages de la revue et dans les conversations des activistes au café Fészek de la rue Andrássy, l'idée de la révolution du prolétariat revient de plus en plus fréquemment. Bortnyik a réagi aux événements plus promptement que n'importe quel autre artiste. Ses figures monumentales de l'année 1918, expressions de contenus humains universels deviennent à la fin de l'année de plus en plus concrètes et expriment des idées révolutionnaires. 11 attribue un rôle dont l'importance va croissant au montage propre à approfondir, à développer ce que le peintre vise à communiquer. Un exemple connu de l'emploi de cette technique nous est donné par une gravure reproduite dans le premier numéro spécial de la revue Ma consacré en janvier 1919 à des problèmes idéologiques. Une république communiste! — annonce la légende de l'œuvre sur laquelle, devant le fond en montage fait de vues urbaines et de lumière du soleil, une figure d'homme en tache claire couvrant toute la page et semblant briser les cadres du tableau rappelle, sous une forme simplifiée, Y Homme au marteau de Bíró (Fig. 92). Une autre composition, le Drapeau rouge, gravure sur linoléum reproduite dans la revue Ma le 20 décembre 1918 (Fig. 93) exprime également, à l'aide d'un assemblage d'images, une idée révolutionnaire. Elle 94. Sándor Bortnyik (né en 1893) : Lénine, 1918 Bortnyik Sándor (sz.: 1893) : Lenin, 1918 95. Sándor Bortnyik (né en 1893) : Karl Liebknecht, 1918 Bortnyik Sándor (sz.: 1893) : Karl Liebknecht, 1918