Pogány Ö. Gábor - Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 1. szám. (MNG Budapest, 1970)

« De telles femmes n'existent peut-être pus. m'a dit le peintre, et si elles existent, nous ne les avons jamais ren­contrées. » Cette femme idéale entrevue seulement dans les rêves, nous la reconnaissons encore mieux par l'ex­pression troublante, singulière des peintures de Kohém représentant des jeunes femmes qui ont à peine fait l'ex­périence de la vie de femme qu'elles ont dû y renoncer, des Béatrice à qui, comme Dante, leur admirateur n'a pas osé adresser la parole préférant faire œuvre d'art de leur souvenir. La femme du tableau Réminiscence (Fig. 105.) est une de ces femmes-là. Soupir retenu sur les lèvres entrouvertes, alarme dans un regard de jeune biche, on dirait : une des jeunes Parques qui se refuserait à filer la trame de la vie. . . Il nous semble que ce sont justement ces types de femmes jamais connues, faites de souvenirs entremêlés, de rêves et d'illusions qui sont propres à exprimer les profondeurs de l'âme de Kohán, tout ce que l'artiste garde de ses expériences et des destinées humaines qu'il a rencontrées au cours de sa vie et dont il a compris la tristesse vague, mystérieuse. Sur la peinture La récolte (Fig. 106) une femme age­nouillée au pied d'un arbre exprime avec tant de poésie par la synthèse de l'idée et de la forme l'extase et la cérémonie de la réception et de l'offrande des fruits, l'union éternelle de l'homme et de la terre que l'on est amené à la comparer aux grands oratoires de l'art musical. Kohán qui a appris déjà dans son enfance passée à la campagne où tout jeune, étendu sur le dos dans l'herbe il gardait distraitement des oies, à comprendre; la nature terrestre et le cosmos dans la même vision indissoluble, s'aperçoit, comme on le voit par son tableau Berger (Fig 107.), qu'il existe des rapports organiques très étroits entre les formes, les cornes de l'animal et la Lune et il rend si bien ces rapports que nous nous sentons soudainement pénétrés du sens symbolique des mythes antiques. Une jeune villageoise vêtue d'un costume folklorique assise devant une table : voilà un sujet qui plairait aux peintres de tableaux de genre. Mais pour Kohán ce spec­tacle prend aussitôt un caractère solennel, sans rien perdre de sa beauté simple. Le fond et le costume stylisés ne semblent pas s'attacher à une époque quelconque tout en ayant quelque chose d'oriental ; la cruche, un objet servant au rite, placée sans fleur au centre du tableau, la tête baissée, les yeux clos et le front en pleine lumière témoignent d'une concentration profonde. Symbole de la fidélité à l'engagement pris, le titre Vœu (tableau IV.) convient bien à ce tableau. 109. György Kohán (1910-1966) : Paysanne. 1960 Kohán György (1910—1966): Parasztasszony. 1960

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