Pogány Ö. Gábor - Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 1. szám. (MNG Budapest, 1970)

qui s'éloignent brisent le silence d'un bruit si sec que les filles rêvent de séparation et, le visage inondé de larmes, elles poussent des soupirs entrecoupés de sanglots pareils aux bruits de la petits locomotive essoufflée d'un train vicinal, puis elles se réveillent en sursaut à un coup de sifflet lointain et douloureux : leur propre cri d'alarme. Tel est le silence dans ce pays, pendant la nuit. Mais l'aube se remplit de bruits : le coq, chassant le silence, chante la trahison ; les signaux Morse excités des tourterelles parcourent les champs : ils parlent d'amants infidèles, annoncent des naissances et des morts survenues dans les dernières heures de la nuit. Avec un air de petite sainte, les chattes regagnent leur maison sans jeter un dernier regard aux amants qu'elles quittent. Elles ne voient pas comment tremble le sommet de l'acacia sous le poids de l'animal qui l'a pris pour tremplin en se jetant sur le toit, ni comment se remplissent de rosées les toiles d'arai­gnées à cause de telles ruptures sans adieu. A ces moments du petit jour, les maisons basses rapetissent davantage, se cachent sous leurs toits puisque leurs fenêtres dissimulées dans l'ombre permettent de voir tout ce dont il ne faut pas parler. Ainsi l'artiste, silencieux, jusqu'à ce qu'il se mette à faire des tableaux avec son silence. La conquête de ce silence créateur a commencé pour Kohán par une secousse qui l'a ébranlé au moment où il a dû renoncer, dans l'in­térêt de sa carrière, à l'idylle de la province hongroise. Sa photographie prise à ce tournant de sa vie le montre un jeune villageois résolu, au regard ardent, aux épaules larges, les bras écartés dépassant le dos de la chaise dans l'attitude de celui qui se moque de la pose réclamée par le photographe. Les traits de son visage sont dominés par l'intelligence et la volonté et seuls ses yeux de flamme trahissent qu'il a des passions. U pourrait passer pour un casseur d'assiettes aux yeux d'un biographe pondéré qui ne retiendrait de sa vie que son habitude de frapper, après des nuits folles et poussé par la faim, à la fenêtre de quelque jeune femme pour lui demander à manger, qui oublierait de dire qu'il n'était pas dans ses manières de chanter et de danser accompagné d'un orchestre tzigane et qu'il aimait par contre discuter en petite société les absurdités de la vie et de l'art et jeter ses quatre vérités à la face des pharisiens. Ce sont de tels excès qu'il emportait avec lui en se ren­dant à Budapest. Quelle impression a-t-il laissée, quels sentiments a-t-il éveillés dans son petit bourg somnolent et dans sa grande famille dont les membres, artisans respec­tés, avaient pour ancêtres des paysans laborieux, endurcis par le travail ? Doutes, angoisses, méfiance régnaient dans le village comme dans la famille et rien ne pouvait les dissiper, ni l'avis d'une dame cultivée qui avait cru découvrir le génie dans l'enfant âgé seulement de cinq ans, ni les nouvelles qid arrivaient de Budapest et parlaient de l'existence difficile du jeune peintre. Même les membres d'une compagnie de buveurs, protecteurs de circonstance du jeune artiste étaient déçus dans leurs espoirs quand ils durent comprendre que leur protégé ne deviendrait pas, en dépit de sa virtuosité dans le dessin, un second Benczéir, qu'il ne succéderait pas au maître de la peinture­historique solennelle et triomphante et ayant déjà acquis un caractère tout officiel, qu'il ne traiterait pas de sujets consacrés par l'usage avec une technique « régulière », respectueuse de la tradition. En effet, l'art de Kohán est inspiré, dans son intégralité et dans ses moindres détails, par un vif sentiment de la vie. Derrière l'univers des images qui est l'univers de ses nostalgies et de ses visions on retrouve les revers de sa vie, toutes les vicissitudes de son existence, les souffrances de son jeune corps toujours affamé, ses nuits passées sur des tombes, dans des wagons à bestiaux, sur des bancs et plus tard dans les misérables chambres sous-louées, à Buda­pest aussi bien qu'à Paris, dans des villages et des petites villes en Hongrie. Que peuvent ici les données biogra­phiques les plus exactes, transformées et dépassées par l'œuvre et que reste à faire à l'ancien enfant prodigue qui vit dans un climat moral excessif sinon faire justice de ces données biographiques par une remarque laconique ou par un geste de dédain caractéristiques. Le difficultés de ses débuts l'ont contraint à assimiler, intellectuellement et spirituellement, d'une façon ou de l'autre, la vie d'une grande ville dans les anées 1930 : il devait se montrer débrouillard dans le milieu décadent des bohèmes, avoir de la dignité en dis­simulant sa misère parmi les médiocres qui marchaient de succès en succès. La fermeté des aïeuls qui ne courbaient pas l'échiné, la pureté de la vie des villageois que ses an­cêtres lui avaient transmise intacte;, l'ordre qu'il savait mettre dans ses idées et ses sentiments en distinguant ce qui importe de ce qui n'importe pas, ce qui est digne de ce qui ne l'est pas, e-nfin l'harmonie de sa vie intérieure étaie;nt là pour orienter son art. C'est ainsi qu'il a réussi à se créer, malgré les circonstances malheureuses de sa vie, un monde mythique inaltérable que rien et pe;rsonne ne pouvait lui enlever parce; que c'était l'univers de ses table-aux. Son imagination d'artiste est constamment tenue en éveil par la forte tension qui résulte du désaccord existant entre sa personnalité et les circonstances de sa vie. Ainsi deviennent ses œuvres pour lui des lieux de refuge où il met le point final à des problèmes qui dans le fait n'arri­vent jamais à trouver une solution ; il y met fin à des luttes angoissantes sans pouvoir atteindre ceux qui y sont in­téressés, car la joie et la souffrance qui accompagnent son expérience personnelle dépassent, avant que le tableau soit né, la mesure qu'un homme est capable de supporter et elles conduisent à une découverte d'ordre supérieur et de valeur universelle. Naturellement, quand il s'agit de Kohán, ce chemin ne peut pas être fait de douceur ; notre artiste; y est poussé par ses passions. « Moi, c'est la fureur qui

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