Pogány Ö. Gábor - Csengeryné Nagy Zsuzsa dr. szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Évkönyve 1. szám. (MNG Budapest, 1970)

génie « ancestral» peut avoir des rapports avec des mythes racistes : on se sert quelquefois des artistes naïfs pour bafouer les artistes d'avant-garde à l'esprit international 30 et par la fête de mauvais goût qu'on leur fait, on risque de semer l'embarras dans les rangs du public qui ne reconnaîtra plus ou qui repoussera les belles œuvres de notre peinture bourgeoise aussi. C'est miracle que dans un climat pareil puissent naître des œuvres saines, des œuvres des valeur, vrais trésors de notre art. Les paysans peintres deviennent souvent très communi­catifs sous l'effet du travail artistique et quelques-uns révèlent une incroyable richesse 1 de 1 sentiments et de pen­sées. Ceux qui ont une personnalité different assez, sensi­blement les uns des autres par le style, par la profondeur des influences subies dont il faut noter en premier lieu celle du naturalisme, par le recours à la tradition folklo­rique et par la conception d'un art naïf, riche d'éléments décoratifs et ignorant encore la perspective. Ainsi, Péter Benedek, Elek Győri, János Gajdos s'apparentent davan­tage à l'art bourgeois même par leurs tableaux représen­tant les scènes de la vie paysanne que Béla György Szabnás ou András Süli, artistes populaires peu recherchés et estimés à leur époque, peut-être parce qu'ils employaient dans la construction de leurs œuvres des moyens « très primitifs ». Si nous avions eu, à cette époque, un art d'avant­garde qui se serait intéressé aux formes pures de la tradition séculaire, à l'expression pleine d'entrain de l'expérience, du vécu et à la manière de voir naïve des enfants et si l'art d'avant-garde que nous avions ne se serait pas isolé, renfermé sur lui-même, peut-être ces artistes naïfs, les derniers que nous venons de mentionner, auraient-ils em­porté un très grand succès. Mais, à l'époque qui était la leur, ils ont connu les pires injures du sort. Des communautés, des groupes d'artistes naïfs ne se sont pas formés chez nous comme, par exemple, en Yougoslavie à la même époque. Nous ne connaissons qu'une seule exception, celle des paysannes maniant le crayon de Gal­gamácsa sans connaître les exemples yougoslaves et sui­vant une autre voie, elles se sont groupées, formant une sorte d'école, autour de Julia Dudás après que celle-ci, encouragée par un ethnographe, avait mis le dessin à la mode dans son village; 3 '. Là aussi on peut constater le recours à des sujets et à des formes qui se répètent à l'infini et une certaine lassitude qui suit les redites, la reprise des mêmes expériences, privée» déjà de leur première fraîcheur. La quatrième période de l'art naïf, celle de la redécou­verte, a laissé en Hongrie peu de traces. Après le culte aux années 1930 des hommes de génie, la curiosité du public est bruseniement tombée et par la suite, de nom­breux paysans devenus peintres ont été pris dans un en­grenage tragique-. Ainsi, András Süli, le peintre paysan le plus doué de l'époque et aussi le plus original, renonce à la peinture en 1938. U s'est raidi et s'est peut-être dégoûté de la fête douteuse qu'on lui faisait et qui a rendu précaire sa situation dans son village sans lui donner accès quelque part : tout s'est écroulé en lui et il n'a plus touché au pinceau. 11 a été vite oublié. Certainement, on peut se demander pourquoi son désir de s'exprime 1 ;- ne 1 l'a pas poussé, forcé à peindre 1 , pemreiuoi il ne 1 peignait pas le soir, après son travail ou le 1 dimanche 1 comme le faisaient tant d'autres peintres naifs que Ernő Kállai a si bien nommés « frères laïques » 32 ? Parce qu'il n'y avait plus personne pour lui demander­directement ou indirectement de s'exprimer par la pein­ture. D'ailleurs, les idées que nous avons essayé de déve­lopper dans la présente étude répondent toutes ou preseuie) à cette question. L'art naïf a besoin, pour exister, d'un milieu animateur, d'un élément vital que seides les exigences de l'époque et de la société puissent créer pour lui. U n'est pas donc un produit éternel, he>rs du temps et de l'espace, mais une des manifestations de l'art aussi ancien que l'humanité, déter­miné par l'époque et le milieu. Julia Szabó

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