Korner Éva - Gellért Andor szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Közleményei 5. szám (Budapest, 1965)
dire.) Sa conscience prolétarienne lui faisait un devoir de rejeter toute solution de facilité. Et cette conscience ne devait rien perdre de sa lucidité, ni à Paris, ni plus tard, après son retour en Hongrie. Tout l'encouragement qu'il avait le droit d'espérer lui venait de l'œuvre des grands maîtres qu'il s'était donnés pour exemples à suivre. Et c'est alors qu'il éleva ses regards sur Bartók, comme il les avait élevés sur Cézanne, au début de sa carrière. Nous ne croyons pas avoir eu tort, en préférant, à un examen tout technique des styles, une étude un peu plus large des conditions de l'époque. Le dernier de la série des portraits de Bartók dont il nous reste à parler ici est l'œuvre d'Ervin Voit, cousin de Béla Bartók. 60 Voit fit ses études secondaires à Nagyvárad et quand Bartók était lycéen dans la même ville, il était en pension chez la mère de son cousin, Mme veuve Lajos Voit. 61 Plus tard, Bartok devait reprendre pension chez eux, mais ce fut à Budapest déjà. Bartók était alors élève du Conservatoire et les Voit habitaient dans la capitale, rue Felsőerdősor. 62 Cette belle amitié, née pendant les années d'enfance des deux cousins, porta bien des fruits, même avant le portrait à l'huile dont nous avons parlé. Nous pensons en premier lieu aux dessins et aux esquisses exécutés par Voit pour la présentation typographique des couvertures de certaines compositions de Bartók. Deux lettres inédites de Bartók permettent de comprendre que ces travaux furent exécutés à la demande expresse du maître. 63 Nous avons connaissance de douze beaux dessins, en parfait état de conservation; il s'agit notamment des composition suivantes: I re Suite pour orchestre, Deux portraits, Pour les enfants. Deux danses roumaines, Trois burlesques, Deux images (Fig. 54-62.). Sans nous attarder à les étudier en détail, nous nous bornerons à observer que ces dessins se situent à la limite entre l'art figuratif et le décorativisme et qu'ils s'inspirent largement de motifs populaires connus. Le portrait à l'huile ne pose pas, lui non plus, de problèmes. 84 L'artiste s'y attache à reproduire avec le maximum de fidélité l'aspect extérieur de la figure de son modèle. La noblesse des proportions de la tête est très heureusement mise on relief. Ajoutons que par son beau profil au dessin sévère et fin, Bartók ressemblait à sa mère née Voit et qu'il y avait même une certaine ressemblance entre lui et Ervin Voit. 65 Le portrait d'Ervin Voit par lui-même, conservé par sa fille, est fort convaincant à cet égard. Quant au portrait de Bartók, le regard est suggestif et révélateur, mais l'analyse du caractère ne dépasse pas les limites autorisées par l'extrême sobriété de l'attitude d'Ervin Voit. Il s'agit donc d'une reproduction exacte et fidèle du vu, sans plus. Cela est d'ailleurs le cas de l'ensemble de l'œuvre d'Ervin Voit. Ce dernier sut toujours s'abstenir de toute attitude extrême, partageant ses talents entre son œuvre de peintre et son activité d'enseignant. Élève de l'École Normale du Dessin de 1900 à 1905, il était alors, selon les commentateurs de son œuvre de jeunesse, 66 tout acquis aux aspirations picturales dont Simon Hollósy fut le protagoniste en Hongrie. Il passait ses vacances à travailler avec assiduité, dans les ateliers de l'école de son maître, à Nagybánya. Dans l'ouvrage qu'il a consacré à la colonie d'artistes de Nagybánya, István Réti ne cito pas son nom. Une partie de son œuvre semble s'inspirer de József Rippl Rónai, 67 pour tomber par la suite dans l'académisme conventionnel. A partir de 1905, il enseigna à l'École de Dessin Industriel et se signala par de beaux résultats. Il fut le premier à exiger qu'en dehors du dessin technique précis, mais mécanique, le dessin à main levée et la peinture eussent également droit à une certaine place parmi les travaux de ses élèves. Il avait une prédilection marquée pour les motifs populaires, ce qu'il convient peutêtre, dans une certaine mesure, d'attribuer aux études folkloristiques de Bartok. Toujours est-il qu'Ervin Voit a rendu service à la propagation d'un art hongrois dans le sens le plus noble du mot. Un commentateur de son œuvre écrit notamment: «C'est Ervin Voit lui-même qui créa la base des travaux ultérieurs, en groupant une riche collection de motifs populaires dans l'album qu'il publia avec le concours de ses collaborateurs, à savoir du professeur de dessin industriel Aladár Fáy et du chef d'atelier d'apprentissage György Duris, en 1927, ouvrage agréé à titre de programme d'études de dessin par les écoles municipales de Budapest. En reconnaissance de ses mérites, il fut nommé inspecteur académique des écoles d'apprentissage professionnel». 68 Il convient de signaler encore ses activités d'enseignant à l'École Supérieure d'Horticulture. Citons aussi les belles illustrations on couleur qu'il fit pour la revue Növényvédelemé (Protection des cultures végétales), ainsi que les séries d'aquarelles admirables représentant los fruits cultivés dans les différentes régions du pays. Notre commentaire des portraits de Bartók s'achève sur celui peint par Ervin Voit. Nous n'avons passé en revue qu'une très petite partie de l'iconographie du maître, mais nous n'en avons pas moins rencontré nombre de problèmes fort importants au point de vue de la biographie de Béla Bartók et jeté un regard sur un domaine jusqu'à présent peu exploré des beaux-arts hongrois de notre siècle. Les considérations qui ont présidé à nos recherches n'étaient certes pas homogènes; le fait même que nous nous trouvons au début seulement de nos travaux les empêchait de l'être. Les faits relevés par nous sont, en outre, certainement susceptibles de recevoir par la suite plusieurs interprétations différentes. Une chose cependant demeure certaine: le culte pieux dont le nom et l'œuvre de Béla Bartók sont l'objet garantira qu'aucun fait, aucun document, ni même aucune hypothèse tant soit peu utile n'échappent à l'attention des chercheurs attachés à éclaircir la genèse de l'œuvre de Bartók et les détails inconnus de sa vie. Il 5* 67