dr. D. Fehér Zsuzsa - N. Újvári Magda szerk.: A Magyar Nemzeti Galéria Közleményei 4. szám (Budapest, 1963)

de lutte français à la disposition décorative de la surface du tableau, et de leur propre façon de voir, plus dynamique, plus expressive. Il n'est donc pas étonnant de voir Czóbel, travaillant parmi eux, subir de plus en plus, leur influence. Dans le tableau Garçon avec chien nous sommes frap­pés par cette formulation robuste, anguleuse, grossière, par ce maniement énergique des formes, allant jusqu'à la dé­formation et dont les premières traces sont décelables dans le tableau: Garçon tenant une balle à la main. Mais alors que, dans ce tableau, le peintre, trop pris par ses efforts de recherche, était incapable de remplir une composition qui apparaissait comme trop calculée, ici, il traite les formes stylisées avec une aisance supérieure, communiquant au tableau une expressivité étonnante, encore jamais vue dans l'oeuvre de ce peintre. Alors que dans ce tableau, nous reconnaissons avant tout les traces de la manière picturale de Max Pechstein, toute fondée sur les forts contrastes (notamment dans la figure du garçon, dans le façonnage de son visage, de ses membres dans la tache du chien, construite sur de vifs contrastes); le Chasseur fumant la pipe (1923), met en valeur les con­quêtes picturales du cercle «Blaue Reiter». Les vifs con­trastes disparaissent, s'estompent, l'atmosphère du tableau devient plus lyrique. La facture qui, dans le tableau pré­cédent, rappelait encore les gravures sur bois, cède la place ici à des solutions plus diluées. C'est ce qui apparaît tout particulièrement dans le visage et les mains du personnage. En ce qui concerne la représentation du chien, le modelage robuste de Pechstein cède la place ici à l'inspiration sub­tile, d'une décorativité raffinée des images d'animaux de Macke. Mais cette subtilité raffinée est assez éloignée du tempérament de Czóbel et le tableau le reflète. Certains détails, comme l'embrasure de fenêtre de l'arrière-plan, sont assez réussis, mais le tableau ne présente pourtant pas un effet d'unité. Le problème des jambes courtes, par exemple, n'est pas plus résolu ici que dans L'homme as­sis de 1906, la coordination des différents détails de la sur­face ne peut pas non plus être considérée comme unex réus­site. Aussi, n'est-ce pas ce tableau-là, mais le Bout du village, peint en 1922, qui indique le chemin de l'évolu­tion ultérieure de l'artiste. Nous y décelons les qualités qui devaient caractériser toute sa période ultérieure. Le paysage est compris dans une unité intime, atmosphérique, presque «nature morte » par la fermeté structurelle des contours accentués, qui assurent en même temps la disposition décorative du plan du tableau. Dans les interstices du réseau des lignes, nous voyons, briller avec une égale intensité, les profondes couleurs de Czóbel, ce qui montre que, du point de vue de l'unité de la surface du tableau les objets rapprochés ont la même importance que les objets éloignés, ou que l'espace vide qui baigne les objets. Avec leur spatialité, les objets perdent leur position d'équilibre, caractéristique de l'état des trois dimensions, et, avec leurs lignes, pen­chées dans tous les sens, elles s'intégrent docilement dans l'ordre fermé du plan. C'est un nouvel univers qui se crée dans le tableau, univers spécialement pictural, ne pouvant être créé qu'à partir des éléments picturaux les plus carac­téristiques, univers dans lequel, la réalité, le monde qui nous entoure et chachun de ses aspects obtiennent un sens nouveau, en vue de l'expression d'un contenu pictural particulier. Sur le chemin de cette évolution commençant par le Bout du village (Fig. 29), une étape particulièrement importante est marquée par un tableau conservé à la Galerie Nationale Hongroise, par Dans l'atelier, révélant dans toute sa richesse et dans sa maturité, l'art du jeune peintre qui a retrouvé son inspiration (Fig. 30). Nous avons suivi le développement artistique de Béla Czóbel depuis ses premiers pas, jusqu'au moment où il trouve sa propre voix et oùx, au début des années 1920, il se constitue ce langage pictural grâce auquel seront cré­ées les grandes oeuvres de l'époque de la maturité. Les étapes de cette route: s'appelaient: Nagybánya, Paris, fauvisme, Hollande, Berlin. A Nagybánya, il avait appris à s'inspirer de la nature, à Paris, la compréhension des lois particulières de la surface picturale avait libéré son imagi­nation. En Hollande, ce sont les années de recherche, tandis que l'époque berlinoise devait apporter l'épanouissement de ses talents. A partir de ce moment-là, l'évolution du peintre se poursuit en ligne drote. Sa maturité commence avec Chemin avec escalier et le Bout du village; les meil­leures oeuvres cle cette époque sont: Rue de Paris, 1926, collection de Frachter; Masque et mandoline, 1928, collection de Dunoyer de Segonzac, Cuisinière, 1930, collection d'István Rácz: Madone 1937, collection de Fruchter, Nu de dos, 1941, propriété de György Rózsa­hegyi, et Blaise, 1956, collection de Selinko. Elles lui assignent la place enviable Czóbel occupe en ce moment dans les beaux-arts européens et hongrois. Notre tâche n'est pas de nous occuper de l'époque de sa maturité, nous voulions tout simplement, à l'aide de quelques tableaux encore peu connus et non reproduits, reconstituer la ligne de l'évolution qu'il avait parcourue avant d'arriver parm les «Grands» de la peinture contemporaine. Clarisse Philipp

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