K. Palágyi Sylvia szerk.: Balácai Közlemények 1997/5. (Veszprém, 1997)
MORIZOT, PIERRE: Tombes protohistoriques dans un camp romain du IIIe s. AD - III. századi római tábor területén talált sírok Észak-Afrikából
Les tumuli de Sadouri Il existe même quelques tombes en pierre sèche du type bazina dont le caractère postérieur à l'occupation romaine ne saurait être mis en doute. Je veux parler ici des tombes incluses dans l'enceinte du camp romain de Sadouri. Ce camp, situé à deux-cent-soixante km au S.E d'Alger et à 75 km à l'ouest de Biskra, est bien connu parmi les ouvrages du limes (fig. 3). L'on y a découvert plusieurs inscriptions, qui ont retenu particulièrement l'attention de J. CARCORPINO: l'une est une dédicace au génie á'Ausum, qui est sans doute le nom que portait Sadouri dans l'Antiquité; une autre est attribuée au règne de Gordien III (238-244 AD); la plus récente est datée de 247 AD. 10 Or, dès la découverte de ce camp, son inventeur, le Lt. Davenet avait signalé la présence de" tombeaux indigènes", indication reprise et développée par l'Atlas Archéologique de l'Algérie, qui précise même qu'ils sont construits avec des éléments de remploi (A.A.A.f.48,n°l). De bonnes photos aériennes du camp de Sadouri, à l'échelle du 1/1500, permettent de distinguer 5 ou 6 ces tombeaux qui apparaissent comme des cercles d'une dizaine de mètres de diamètre (fig. 4). 11 De surcroît, leur présence m'a été confirmé par J. Ballais, professeur de géographie à l'Université d'Aix en Provence, qui a parcouru cette région tout récemment. Il y a, en particulier, noté la présence d'au moins une bazina (correspondance avec l'auteur en date du 22/12/1992). L'on ne s'étonnera pas outre mesure que ces tombeaux n'aient pas retenu l'attention de J. Carcopino, car ils ne rentraient pas dans le cadre des préoccupations de ce grand spécialiste de l'Antiquité classique. Mais il est bien évident qu'ils sont très postérieurs à l'abandon du site par l'armée romaine. Si la date de la dédicace de 247 est un terminus a quo assuré, il semble que le repli de l'armée de ces régions soit beaucoup plus tardif. Il n'a, en tous cas, pas entraîné un abandon immédiat de cette région du limes. J. Carcopino estimait que, même destituée de sa garnison, la frontière de Rome n'avait cessé pendant tout le IVe siècle de 12 tenir, a l'abri de ses retranchements et de ses castella. Rappelons que, en 423, le comte d'Afrique Boniface a encore en charge la défense du bassin du Hodna tout proche contre des tribus maures. 13 Or, l'on est tenté de penser que les bâtisseurs de ces tombeaux avaient le sentiment d'une totale impunité lorsqu'ils ont eu l'audace de transformer le camp á'Ausum en un cimetière berbère. Ce n'est donc probablement pas avant le milieu du Ve siècle, donc après la conquête vandale, que cet étonnant remploi a eu lieu. Ceci nous rapproche singulièrement de la chronologie nouvelle des Djedars, tombeaux monumentaux de la région de Tiaret, attribués à une dynastie berbère, que l'on date aujourd'hui de la fin du V e siècle. 14 Aussi serait - il extrêmement important de revenir un jour à Sadouri pour vérifier si d'autres éléments, susceptibles d'une datation au carbone 14 ou par d'autres procédés scientifiques, permettraient une datation plus fine, car les renseignements recueillis sur ce site pourraient nous aider à mieux cerner la chronologie des bazinas en général et tout particulièrement de celles oû l'on a constaté le remploi d'éléments d'architecture romaine bien identifiés. Comme par ailleurs ces pratiques funéraires ont survécu peu de temps à la conquête arabe, on peut être assuré, dores et déjà, que les tombes de Sadouri, proches de la grande voie est-ouest empruntée par les envahisseurs arabes, ne sont pas postérieures aux premières années du VIII e siècle.