Janus Pannonius Múzeum Évkönyve (1964) (Pécs, 1965)

Művészettörténet - Hárs, É.: Les monstres du fascisme

S30 HÁRS ÉVA les moyens de l'art la réalité atroce, meurtri­ère. Il conçut un monstre horrible et grotes­que, symbole du fascisme dévorant les hom­mes. Sous le coup des événements auxquels il avait assisté au cours de ces mois l'imagina­tion de l'artiste transforma les hommes, au­teurs de ces méfaits en bêtes épouvantables, en monstres répugnants. Ces monstres diffor­mes et velus ne représentaient aucun person­nage concret, mais l'ensemble du système fasciste, son atmosphère et sa cruauté. Sept de ces neuf dessins sont faits à la plu­me, deux au crayon. Sur le plan artistique et sur le plan humain tous sont également bou­leversants et propres à soulever des haines. Sur la plupart une seule figure occupe la page entière ou des membres d'animaux, des griffes et des têtes finissant par un bec naissent d'un tronc commun entrelacé. Pour insister sur la signification qui d'ailleurs ne prête à aucun équivoque, la poitrine, le bras et le ventre des monstres portent des croix-gammées, symboles du fascisme. Les monstres de Martyn exercent un effet fascinant sur le spectateurs. Tout en repré­sentant de façon indirecte ils réuississent à provoquer par leur force suggestive une ré­action directe. Son art n'est ni descriptif, ni épique, On chercherait en vain sur ces feuilles la représentation d'événementes histori­ques ou d'actes de vandalisme, et cependant les dessins éveillent en nous le souvenir de tout ce qui s'est passé en 1944. — Regardons ce monstre qui danse en planant au-dessus du sol: il est muni de cornes crochues du dia­ble, ses mains sont marquées l'une d'une croix gammée, l'autre d'une croix fléchée, son ventre ceint d'un ruban de décorations. Mais l'arrière-train et les membres noués finissant en griffes révèlent que la figure portant les décorations n'est pas un homme (pi. 4.) Et voi­là que le monstre s'associe dans notre imagi­nation aux camps d'extermination entourés de barbelés électriques, à des femmes d'une mai­greur de squelette, au crâne chauve, à des vil­lages incendiés et au milieu de tout cela le monstre en uniforme ornée de décorations en train de distribuer des coups de crosse, de donner des ordres d'exécution, de procéder â des autopsies. La force suggestive des dessins simboliques éveille den pensées, évoque des souvenirs,projette devant nos yeux la réalité d'actes de cruauté dont nous avons entendu, que nous avons lus et que peut-être nous n'a­vons souvent même pas crus. En feuilletant ces pages nous sentons envahis malgré nous par la colère et la douleur. Les dessins ne rep­résentent pas dans le sens habituel du terme, mais la réalité de leur force évocatrice est plus convaincante que toute description his­torique. Ils ont été exécutés il y a vingt ans, mais provoquent le mêmes réactions qu'à cet­te époque-là, à l'époque de la terreur exercée par ces monstres. Leur effet tient à cette sin­cérité de la communication et à cette résistan­ce impavide que Martyn opposait à ce régime de terreur et qui l'incita à traduire ses senti­mets par le dessin. Dans les années 30 Martyn avait assisté à Paris aux réunions fiévreuses auxquelles les patriotes espagnols protestaient contra le fascisme. Il était présent lorsque Pi­casso présenta solennellement son Guernica. Pendant de longues années il avait étudié les figures grotesques des cathédrales gothiques, les monstres symboliques de la peinture du moyen âge, les images symboliques de l'art des peuples primitifs exposées dans les mu­sées. En ce qui concerne leur évocation „Les monstres du fascisme" ne se rattachent à aucun de ceux-ci, et cependant on ne se trom­pera pas en disant que ces oeuvres nées de la même intention à d'autres époques ont con­tribué à leur création. On peut aussi se demander pourquoi l'ar­tiste a choisi précisément ces figures mons­trueuses, abstraites pour exprimer ce qu'il avait à dire de la tyrannie, du despotisme, des instincts féroces inhumains. La question im­plique la réponse: les attributs n'ont pas de forme visible dans la nature. Si l'artiste veut en parler, il doit lui-même leur conférer la forme, les rendre pour ainsi dire saisissables. Les chefs du fascisme, créatures bestiales ne pouvaient prendre de forme humaine ni dans la pensée, ni dans les dessins de l'artiste, et comme telles ils ne se seraients pas prêtés à l'expression résumée, généralisée de leurs principes et de leurs actes. Le symbole sert ici bien plus l'expression concise de la pensée que le caractère allégorique de la représanta­tion. Martyn n'a pas voulu cacher derrière un masque ce q'il avait à dire, comme en té­moigne la croix gammée figurant sur toutes les feuilles, souvent accompagnée de la croix fléchée. Ces signes sont tout ce qu'il y a de plus clair pour tout le monde. Ses monstres ne sont des symboles que dans la mesure, où il s'agit de la représentation graphique trans­posée de monstres qui ont réellement extisté. Par ailleurs ils représentent une réalité dou­loureuse évoquant les souvenirs les plus ac­cablants. La qualité technique de la série révèle déjà le futur grand dessinateur. Depuis son retour de Paris ces feuilles sont les premières impor­tantes compositions de „dessin libre", autre­ment dit ce ne sont pas d'ébauches de toiles eu d'esquisses, mais des oeuvres indépendan-

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