Leo Santifaller: Ergänzungsband 2/2. Festschrift zur Feier des 200 jährigen Bestandes des HHStA 2 Bände (1951)
VII. Allgemeine und österreichische Geschichte. - 74. Jean-Charles Biaudet (Lausanne): Le Canton de Vaud et les Bourbons en 1815. La mission de Jean-Samuel de Loys á Paris
Le Canton de Vaud et les Bourbons en 1815. 449 gouvernement frangais en mauvaise posture pour se plaindre. C’est le conseiller d’Etat vaudois qui, au contraire, serait cette fois fondé ä protester. Et si les sympathies de la famille royale vont toujours aux ennemis du gouvernement vaudois, comment s’étonner que le canton montre pour les Bourbons peu d’enthousiasme. Loys quitte Paris le 22 février. II est ä Lausanne le 25, mais oblige de garder la chambre parce qu’il a pris froid en route 1). Le Ier mars seulement, il adresse au Conseil d’Etat son rapport sur la mission qu’il vient d’accomplir. Aprés avoir consacré plusieurs pages ä ses négociations au sujet des postes, il en vient ä l’essentiel: Avant de parier des rapports que j’ai eu l’honneur de soutenir avec M. le comte de Cazes, je dois exprimer que, quoique fort prévenu par ses sous-ordres, il m’a successivement manifeste les dispositions les plus bienveillantes et les plus favorables, ne demandant pas mieux que de prendre confiance dans celles de notre canton. Ce que j’ai fait avec lui, trés honorés Messieurs, se divise en deux parties; l’une approuvée par le Conseil, et qui a libéró le canton d’etre molesté trés injustement par des employés franfjais; l’autre qui l’a été beaucoup moins, á raison des conséquences que le Conseil d’Etat prévoyait sans doute. Tout en reconnaissant la grande supériorité de ses vues, j’ai regretté, je l’avoue, que cette communication directe avec le chef de la police générale de la France ne lui parűt pás convenable. J’aurais cru, par mon opinion particuliére, qu’ainsi délivrés d’intermédiaires souvent influencés par des malveillants, nous pourrions, á l’abri de la conduite franche et ferme du Conseil d’Etat, nous préserver dans des circonstances encore épineuses des accusations de nos antagonistes, des suspicions des autoritás fransaises et des chicanes de leurs employés. Je voulais acquérir par Iá la douceur et la tranquillité que peut se dormer une conduite irréprochable; je désirais, pour des cas pareils á ceux qui se sont encore présentés récemment, qu’une confiance réciproque et justifiée levát d’un mot tous les doutes et calmát toutes les inquiétudes; je croyais voir cette facilité dans cette communication directe et dans la presque impossibilité que nos ennemis pussent obscurcir, si haut, la conduite franche et loyale que nous y ferions connaitre. Je ne pense point que, dans ces relations destinées á maintenir uniquement entre deux Etats si voisins tous les liens d’un bon voisinnage, nous eussions eu á déroger le moins du monde á la conduite noble et digne que le gouvernement d’un plus petit Etat peut tenir vis-á-vis d’un plus grand. J’ai d’autant plus lieu de penser ainsi, trés honorés Messieurs, que les dispositions que célúi de la France m’a successivement manifestées sont extrémement satisfaisantes pour notre indépendance. J’ai eu l’honneur de vous citer les propres paroles du roi et des princes; j’en ai trouvé sans cesse la confirmation et le développement chez les ministres que j’ai eu l’honneur de voir, chez des hommes en charge, chez des intimes de Monseigneur le comte d’Artois. J’ai obtenu non seulement de bonnes paroles, mais on a saisi les motifs qui pouvaient rendre notre canton intéressant aux yeux de la Maison de Bourbon. Ces motifs ont circulé puisqu’ils me sont revenus; ils ont fait effet puisqu’on les a retenus. Et comme tous les ministres se communiquent entre eux, j’en ai éprouvé plus de facilité pour les demandes économiques que j’ai eu á former. II est done de mon devoir de répéter que, finalement partout, on m’a montré un désir sincére et loyal de soutenir avec notre canton si limitrophe des relations intimes et amicales. Je vous ai souvent envoyé, trés honorés Messieurs, les paroles qui exprimaient ces opinions. Je vous persuaderais davantage si j’avais pu vous transmettre les nuances et les accents qui les accompagnaient. Vous auriez trouvé le sceau de cette vérité dans les entretiens du premier ministre, qui páriáit pour tous et dönt la renommée, les paroles et la physionomie respirent l’antique loyauté, l’aimable et noble franchise. Plusieurs fois, il m’a répété et son opinion particuliére et celle de la famille royale. Ainsi que j’ai eu plusieurs fois l’honneur de vous l’écrire, trés honorés Messieurs, il est impossible de mettre, vis-á-vis d’un petit Etat, une mesure plus honorable que celle que le gouvernement actuel de la France a employé á notre égard; il n’est pas possible de préserver mieux toutes les délicatesses, et de faire disparaitre davantage l’inégalité des positions. Chez tous les gens en place, je dois le répéter encore et vous vous plairez á l’entendre, j’ai entendu proclamer le principe de notre indépendance; et j’ai senti partout l’intention de le garantir dans tous ses détails. Chez tous, on sent quelque importance á vivre dans une intime intelligence avec une peuplade, peu considérable il est vrai, mais qui a tant d’analogie, de rapports et de liens avec les Frangais. Teis sont les sentiments bien arrétés qu’on m’a toujours énoncés, pourvu qu’un désir semblable nous animát et que des démonstrations contraires des habitants de notre canton ne vinssent point nuire. En réfléchissant sur notre position géographique, sur notre existence cantonale et confédérale, de telles dispositions, émises sur le ton d’une obligeante égalité et sans apparence quelconque de protectorat, me paraissent trés avantageuses á maintenir et trés utiles á préserver. x) Loys á Pidou, Lausanne 25 février 1816. A. C. E., Correspondance secréte, XI. 29 Festschrift, II. Band.