Az Eszterházy Károly Tanárképző Főiskola Tudományos Közleményei. 2003. Sectio Romanica. (Acta Academiae Paedagogicae Agriensis : Nova series ; Tom. 30)
SZEPESI VERONIKA: Le labyrinthe aventure physique, aventure mentale. Dans le labyrinthe d'Alain Robbe-Grillet comme réécriture d'un rnythe grecque
Le labyrinthe — aventure physique, aventure mentale 131 Les Gommes, revient toujours au Boulevard Circulaire, quel que soit son itinéraire. Mathias, dans Le Voyeur , effectue dans l'ile des trajets compliqués qu'il essaie ensuite vainement de retracer mentalement. Dans Djinn , l'un des narrateurs se retrouve dans une rue déserte : « [. . .] comme un decor de réve, répétitif et angoissant, hors de replis duquel (il) ne parviendrai(t) pas ä sortir. . . » (p. 104). Dans Topologie d'une cité fantomé ou Souvenirs du triangle d'or, le plan de la ville est aussi labyrinthique que le parcours de l'écriture. Le labyrinthe textuel prend peu ä peu le pas, au fi.1 des romans, sur le labyrinthe hé ä la topologie de l'espace, urbain ou autre, et que l'errance des personnages est d'ailleurs aussi ä plus d'un titre métaphore de l'errance du lecteur. Certains passages se posent comme métaphores de l'écriture. Le texte ressemble fort ä un rendez-vous manqué — volontairement — avec les lecteurs. A la fin du roman, aprés la mort du soldat, la boite qu'il transportait sera ouverte : elle contenait, entre autres ob jets, des lettres, tout comme le livre que le lecteur a devant lui. A la fin on se retrouvera face ä une découverte ironique : « les lettres ne recélent, á premiere vue , nul secret, d'aucune sorté, ni d'importance générale, ni personnel » (p. 214, je souligne). Les lettres sont des lettres d'amour, les objets sont tous lourds de symboliques : une montre, Symbole du temps, une bague, pour l'amour, un poignard, pour la mort. Cette boite que transporte précieusement le soldat d'un bout ä l'autre est comparable ä ce que charrie l'écriture ; c'est le secret trahit par le texte, le sujet dans une intimité qu'il ne soupgonne pas lui-méme, le sujet sans voiles, car ce que le langage rév éle inconsciemment est incontrólable, et surtout imprévisible. Les images modernes du labyrinthe (chez Joyce, Kafka, Borges p. ex.), et celle de l'oeuvre de Robbe-Grillet en particulier, refléteraient, contrairement aux représentations plus anciennes, l'angoisse ontologique d'un monde désacralisé et d'autant plus terrifiant, et l'angoisse d'une fin de l'humanité.