Az Eszterházy Károly Tanárképző Főiskola Tudományos Közleményei. 2003. Sectio Romanica. (Acta Academiae Paedagogicae Agriensis : Nova series ; Tom. 30)
MAJOROSSY IMRE GÁBOR: Les chansons d'amour de Guiraut Riquier - á qui ?
120 Nagyné Schmelczer Erika maniére concise une vérité chargée de vécu, les régies morales et artistiques adoptées par l'écrivain. Cette étude se propose, en s'appuyant sur un grand nombre d'exemples tirés du Journal, de donner une idée de l'art de cet auteur méconnu en Hongrie, en saisissant un aspect fondamental de l'esthétique ramuzienne : son rapport aux choses comme « premiéres vérités » du monde réel. Dans sa note du 12 mai 1903, citée plus haut, Ramuz esquisse — non sans tätonnement peut-étre — une conception du style qu'il sent se former « lentement et instinctivement » en lui, mais ä laquelle il s'attachera fermement par la suite. Le style, pour lui, c'est « une maniére de voir » qui n'accueille « la sensation que lorsqu'elle est sentiment », et tend « toujours á une pensée plastique oú se trouveraient réunies comme á leur sommet, par des étapes successives, une perception et un sentiment. Craintif de toute philosophie et de toute legon — ne cherchant que la beauté. » (93) Le premier trait que j'aimerais relever dans cette réflexion, c'est l'importance que, dans le processus de la création, Ramuz attribue ä la sensation : « Mes idées me viennent des yeux — si j'ai des maitres c'est chez les peintres » (152) — écrit-il. Initié ä la peinture par un ami, Alexandre Cingria, Ramuz, une fois arrivé ä Paris, visite les expositions du Louvre. De tous les peintres, c'est Cézanne qui le frappe le plus. Son exemple lui offre un modéle de comportement d'artiste obstiné dans la recherche de sa voie personnelle, d'artiste indifférent au succés auprés du public. C'est cet exemple probablement qui lui a fait éerire le 17 aoüt 1905. « Ne rien faire pour le succés, [...] — ne chercher qu'á me satisfaire » (131) Exemplaire dans son attitude d'artiste, Cézanne ne l'est pas moins dans sa maniére de saisir la réalité, de choisir son sujet. Ramuz peint comme Cézanne les humbles choses et les hommes de sa région, et comme son maitre peintre il essaie de « dégager un. ordre qui leur est inhérent. » 2 Mais la legon des peintres fait ressortir un dilemme. C'est que le peintre a des moyens visuels pour rendre ce qu'il voit, alors que le poéte travaille avec des mots. Le souci de trouver le rapport le plus adéquat possible entre la chose vue et le langage, c'est lä l'une des préoccupations const antes du Journal. II parle de « la vie joyeuse des mots », dont la joie vient « du plus pro fond du cceur » (269) ; des mots, ä l'aide desquels il interpelle les choses, 3 ceux « qui apportent quelque chose et d'autres qui n'apportent rien. » (277), les mots paraissant ailleurs de plus en plus insuffisants pour rendre l'esprit profond 2 GUISAN, G., C. F. Ramuz , Éd. Pierre Seghers, Paris, 1966, p. 23. "Encore une fois, vous dire, vous citer, vous énumérer, vous compter, choses de läbas qui sont en face de moi", c'est en ces termes qu'il célébre les choses dans Présence de la mort.