VJESNIK 11. (ZAGREB, 1945.)
Strana - 119
DR. A. DABINOVIĆ: SLAVONSKI SABOR 1273. 119 merits avec leurs assemblées judiciaires. Le fait est important parce que la Dalmatie romaine ne fut latinisée qu'imparfaitement. La population continuait à parler l'illyrique, au moins d'après ce qu'en dit Saint Jérôme. De cette façon il a été possible qu'une vague d'immigration très intensive, celle qui apporta dans le pays de nombreuses tribus slaves, lui donna son empreinte nationale. Les Croates qui formaient une deuxième vague migratoire se slavisèrent bien vite et s'organisèrent à leur manière dans les cadres des administrations d'arrondissement ou župe qui correspondaient aux pagus romains. On voit, en effet, que, lorsque le prince y rend la justice, il est assisté par les hommes libres, les nobles Croates, la classe guerrière de la population, qui prennent part à toutes les décisions d'importance. À côté de ces assemblées d'arrondissement il y a l'assemblée générale, le concilium, comprenant tous les hommes libres en âge de porter les armes. Les princes, plus tard les rois, étaient élus par l'assemblée générale qui procédait à leur installation et leur donnait par un cérémonial d'origine religieuse les pleins pouvoirs de la fonction judiciaire. Le christianisme a sans doute apporté des modifications très fortes à ces coutumes primitives. L'église voulut apporter sa contribution à l'installation du roi: c'était l'archevêque, le métropolitain de l'ancienne province de Dalmatie, qui s'attribua, contre l'évêque de Croatie, le droit d'oindre le nouveau souverain avec le saint chrême qui devait lui communiquer, avec la grâce divine, un pouvoir surnaturel. Il est certain que par ce moyen la dignité royale se trouvait entourée d'un nimbe mystique. Mais, puisqu'elle devait ce nimbe à l'infuence de l'église, c'est celle-ci qui s'en avantagea. Il est curieux de remarquer que, après l'avènement de Tomislav, le roi Etienne Držislav ait obtenu de Constantinople les insignes de la royauté un peu plus tôt que le roi hongrois Etienne Vajk. L'évêque national d'Hongrie était à cette époque Hiérotous: il est donc possible qu'Etienne de Hongrie dont le nom signifie en grec »couronne« ait obtenu les insignes de sa dignité par la même voie qu' Etienne Držislav de Croatie. Deux autres couronnements, celui de Demetrius Zvonimir et celui du roi de Hongrie Ladislas le Saint, ont été effectués par l'intermédiaire du légat du Saint Siège à peu de mois de distance. Les deux rois prêtèrent serment de fidélité au pontife romain. Mais, tandis que le règne de Ladislas le Saint fut de longue durée et solidement assis, celui de Zvonimir ne put pas survivre à la mort du pape Grégoire VIL Après la mort de Zvonimir, la Croatie se vit en proie à des dissensions tellement graves, que Ladislas lui ôta la Slavonie en 1091 tandis que les Vénitiens prirent possession des villes de Dalmatie. En 1091 la Croatie fut attaquée par la Hongrie, et soumise à son joug, mais elle se souleva, en 1102, et le nouveau roi de Hongrie Coloman dut solliciter les suffrages de la diète de Croatie, réunie à Belgrade sur mer (en Dalmatie) pour se faire couronner roi. Dès ce moment, les rois de Hongrie se présentaient aussi à la diète de Croatie et se laissaient couronner une deuxième fois. Cet usage étant très coûteux pour la noblesse croate, elle y renonça, et le couronnement du roi de Hongrie était dé puis 1203 valable en même temps pour la Croatie. Cet état de choses constituait, à n'en pas douter, une diminution considérable du prestige de la Croatie, qui venait ainsi à faire part des pays soumis à la couronne de Hongrie. Ce fut dans un tel moment que la situation politique de la Slavonie subit un grand changement. La Slavonie était d'abord patrimoine du roi. Mais, ne pouvant pas gérer ce patrimoine de loin, il en donnait la gestion à ceux de ses serviteurs qui s'angageaient à lui prêter service militaire. — C'était sous beaucoup d'égards une espèce de féodalité, mais très différente de celle qui se fit voie en France et en Allemagne. Parce que, à différence de la féodalité qui donnait seulement l'usage temporaire du terrain, joint à l'obligation du service des armes, la donation transferait des terres en propriété pleinement héréditaire et aliénable, telle qu'au temps des Mérovingiens et telle qu'au temps du bas Empire. Ces donataires, étaint très indépendants, profitèrent des querelles dynastiques si fréquentes en Hongrie entre Émeric et André, entre André et Ladislas III., entre André et son fils Béla, entre Béla et son fils Etienne. Le roi Etienne avait succombé aux suites de l'émotion éprouvée à cause de l'enlèvement de son fils André ou, probablement aussi de ses deux fils Ladislas et André.