Szilágyi András (szerk.): Ars Decorativa 15. (Budapest, 1995)

VADÁSZI Erzsébet: „Magyar Versália" - Jelzett sarokszekrények Eszterházán

Nocart, mais il se brouille avec lui et s'en va à l'armée, sans pour autant abandonner à jamais sa vraie vocation. Il s'installe lui aussi dans le quartier des ébénistes, Faubourg-St-Antoine, rue de Charonne et obtient le titre de maître en 1764. Tout comme Pierre II Migeon, Léonard Boudin et son propre frère Gérard Peridiez, lui aussi exécute des meubles en marqueterie fleu­ri; mais il n'excelle pas seulement dans l'ébé­nisterie, mais fait aussi des sièges en bois sculp­té. Aussi a-t-on retrouvé sa marque sur le dos du dossier d'une chaise et sur l'encoignure d'Esterháza, aujourd'hui exposé au château­musée de Fertőd. Il n'en reste malheureuse­ment qu'une seule 35 , mais l'inventaire dressé en 1936 du château d'Esterháza nous apprend que dans la chambre n° 35, proche du salon dit Gobelin du premier étage, il y avait deux en­coignures Louis XVI, «en marqueterie somp­tueuse incrustée de rosier et d'érable (!), avec des amaranthes, un dessus de brèche d'Aleppo, et des ferrures de bronze françaises revêtu d'une couche d'or vrai. Estampillé: Peridiez et marqué J. M. E.» 36 Un lit de la même pièce qui - d'après ledit inventaire - était également signé: J H 1742 I C F, 37 devait être également le travail d'un maître français, n'existe malheureusement plus. Les encoignures de Peridiez devaient donc être pla­cées dans une chambre à coucher déjà avant 1936 à l'en croire aux efforts de Nicolas Ester­házy et son épouse la comtesse Margit Cziráky qui voulaient reconstruire dans son authenticité, conformément à la mode de l'époque, la somp­tueuse «Versalia hongroise» d'autrefois. La décoration figurative d'un meuble, com­me c'est le cas de l'encoignure de Louis Peridiez, n'était pas fréquente. La composition représentée sur la porte reproduit une scène de théâtre: le rideau se lève et on voit un paysage encadré de guirlande de fleurs; l'image est divisée en deux par un palmier exotique: à gauche on voit une urne à guirlande de fleurs posée sur une dra­perie, tandis qu'à droite, se trouvent les person­nages de la scène: le jardinier en culotte tenant à la main un pot de fleurs et la dame de haut parage qui l'observe. Elle a une ombrelle et elle est vêtue à la manière de Mme de Pompadour: elle porte une jupe dite polonaise, un corset à décoleté carré et un corsage aux larges manches qui arrivent au coud. Le vêtement «sans cu­lotte» de l'homme et la toilette de la dame suf­firaient à eux seuls pour déterminer la date de l'exécution de l'armoire, mais nous savons que Louis Peridiez travaille comme maître à partir de 1764 et que Nicolas Esterházy le Fasteux se rendit à Paris en 1764 et en 1767 où il pouvait bien commander personnellement ces objets. Nous savons aussi que les encoignures devaient être à Eszterháza dès 1767, parce qu'à partir de cette année-là Nicolas Esterházy date ses lettres de là, de sa résidence d'été. L'effet de la scène représentée sur la porte de l'encoignure est rehaussé par l'obélisque po­sée entre les deux personnages et qui, en tant que symbole du jardin, constitue un élémenl fréquent des décors de théâtre de Cari Mauei qui travaillait pour les Esterházy 38 . L'inventaire de 1936 mentionne donc Peridiez comme exé­cuteur des deux encoignures. On ne trouve pas des noms d'ébénistes français dans les inventai­res dressés auparavant, mais ils mentionnenl quelquefois les encoignures françaises. En 1791. par exemple, lorsque trois encoignures furent endommagées lors de leur transport entre Ester­háza, Eisenstadt et Vienne, alors que «ces meub­les eurent été commandés à l'époque à Paris el il n'y eut pas de problèmes lors de leur trans­port» 39 . En matière de restauration de meubles on consultait, à cette époque, l'ingénieur Hein­rici 40 . L'inventaire du majorat de 1936 comp­rend aussi, à part les encoignures de Louis Pe­ridiez, celles qui n'étaient pas estampillées. Au rez-de-chaussée, dans la chambre seigneuriale n° 44 il n'y avait qu'une seule, 41 mais dans les chambres n os 61 42 . 64 43 et 68 44 près de la Sak Terrena, l'inventaire mentionne déjà deux en­coignures et aussi une commode Louis XV] d'exécution identique à celles-là. Cette com­mode est aussi un travail français en marque­terie et avec ornements de bronze, avec des tê­tes de bélier et un dessus de brèche d'Aleppo 45 Les deux encoignures 46 de la chambre seigneu­riale n° 70 sont décrites dans l'inventaire avec des portes en courbe, une marqueterie de pru­nier (?) en damier, avec peu d'ornements de

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