Imre Jakabffy (szerk.): Ars Decorativa 1. (Budapest, 1973)
LÁSZLÓ, Emőke: La verdure d'Aubusson au Musée des Arts Décoratifs
La série qui nous offre une des bases de comparaison est celle découverte en 1927 à Anglards-de-Salers par Albert Mayeux' 1 et qu'il a brièvement fait connaître. Plus tard, dès 1935, ces verdures ont été plusieurs fois exposées et des études ont été écrites à leur sujet'. Mayeux souligne que les tapisseries datant de l'époque d'Henri II ont été tissées dans les ateliers marchois, sur la commande du seigneur de Montclar. Quoiqu'il ne nous reste aucun document sur la fabrication de ces tapisseries, Dayras 8 considère que celles-ci appartiennent au travail des ateliers Aubusson-Felletin, suivant les caractéristiques de la technique du tissage qui sont une base incontestable de leur origine. Sur chacune des dix tapisseries, nous voyons, parmi de grandes feuilles vertes des animaux réels et fantastiques et au fond de la scène de devant, des images de villes. Les bordures sont décorées de fleurs, de fruits et de figures humaines et animales. Sur certaines pièces, on a tissé au milieu de la bordure d'en haut l'écusson de la famille Montclar. Quoiqu'elles ont été tissées à la fin du XVI eme siècle, elles ne sont pas des oeuvres Renaissance. Les immenses feuillages stylisés, les ornements riches en plantes, les animalx fantastiques d'origine moyenâgeuse (licorne, dragons ailés, griffons, hydres à plusieurs têtes) ainsi que des réels (lions, léopards, oiseaux, etc.), font invinciblement penser aux verdurees flamandes d'Audenarde. L'influence flamande est indiscutable, mais malgré cela, la différence entre les verdures d'Aubusson et celles d'Audenarde est apparent dès le premier coup d'oeil. La composition des verdures d'Aubusson est plus claire, plus nette, sa figuration plus naturelle, et atteint son effet remarquable grâce à des méthodes très simples et ses teintures modérées. Elie Maingonnat et François Tabard ont fait une étude technique sur les tapisseries de cette série" et le résultat de leurs examens renforce en tout l'opinion des chercheurs. Les tapisseries d'Aubusson sont tissées sur chaîne laine, tandis que celles de Flandre sur chaîne lin et chanvre. La densité de la trame est de 35—40/10 cm. Ils ont utilisé 28 couleurs variées de la gamme de six teintes (jaune, vert, bleu, gris, brun, rouge). Le ton rouge est rare et ne se trouve pas sur toutes les tapisseries (seulement dans les pièces Nos 2, 3, 7, 8, 10). Souvent, pour le tissage d'un même motif — feuillage, animal, fleur ou fruit — on utilisait plusieurs gammes de couleurs, ainsi, malgré le nombre de nuances relativement restreint, ils arrivaient à donner une assez, grande diversité de coloration. La transition d'une couleur à une autre a été résolue avec intelligence à l'aide d'hachures modérées. Ces caractéristiques de tissage se retrouvent sur notre verdure également, mais parmi les couleurs, ce n'est que le rouge nous ne trouvons pas. La bordure extérieure bleue, caractéristique des tapisseries d'Aubusson manque de toute la série d'Anglards-de-Salers et de la nôtre également, mais à cette époque précoce, son utilisation n'était pas encore obligatoire. La bordure inférieure de la troisième pièce de la grande série, manque également. Cependant, on peut supposer que sur notre verdure, originairement cette bordure existait, car la merveilleuse tresse de fruits si bien composée cesse tout à coup et le dernier motif est comme coupé. Si on l'avait composé dès le début sans bordure, il aurait fallu naturellement que le motif des fleurs parte du bas des deux bordures du côté. Il est intéressant d'observer encore les paysages dans le fond des verdures d'Aubusson. Leur présence est aussi un des traits caractéristiques, car les verdures d'Audenarde, généralement n'ouvrent pas d'espace, leur riche végétation reste plutôt sur surface plane. Mayeux suppose que les paysages, villes et villages qui se trouvent dans le fond des séries de tapisseries d'Anglards-de-Salers étaient des vues des environs de Montclar et sur 92